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LES ETRANGERS DANS
LES ALPES-MARITIMES
A TRAVERS LES DOCUMENTS PREFECTORAUX
1860-1944
English Version
Thèse
de doctorat,
soutenue le 4 avril 2003 à la
faculté de Nice
par Jean Kleinmann
L’étude
présentée est basée sur les documents
qui se trouvent aux
archives départementales des Alpes-Maritimes. Une partie
importante
constitue la mise sur un programme informatique d’environ
50.000 fiches
d’identité, établies par les services
de la police niçoise.
Chacune des fiches contient 13 données manuscrites,
inégalement
renseignés par les fonctionnaires. D’autre part,
de nombreux documents
portant sur des indications individuelles, (passages clandestins de la
frontière, arrestations, jugements correctionnels,
assignations à
résidence, etc) sont collationnées. Ainsi,
près d’un million de données
sont disponibles.
La recherche est articulée essentiellement
sur trois directions :
l’émigration italienne, la plus nombreuse, les
autres nationalités par
ordre d’arrivée, Russes, Arméniens,
Suisse, et réfugiés de toutes
nationalité résultant de l’exode de
1940. Enfin, la troisième partie
est consacrée aux Juifs. Cette catégorie est
déterminée non pas par
leurs nationalités, mais leur origine « raciale
», définition
promulguée par les lois de Vichy.
Après l’évocation de
généralités sur le problème
de l’immigration en
France, l’étude est consacrée
à chacune des nationalités
évoquées. Pour
les Italiens, la plus importante en nombre et en durée, la
recherche
est consacrée à la situation sociale et juridique
de l’émigrant en
Italie, l’accueil en France, sa chronologie, la
diversité des origines,
etc. Ensuite, pour toutes les nationalités, une rubrique
indique leur
âges à l’arrivée à
Nice, les professions, les régions d’origine, le
détail pour les villes les plus importantes, les mariages
célébrés après
leur arrivée, les professions exercées
après
leurs unions, les naturalisations. Les cas des Russes,
Arméniens et
Suisses ont plus spécialement retenus l’attention.
Ensuite,
l’immigration d’abord économique puis
politique provenant de l’Europe
centrale et balkanique est décrite.
L’étude se termine par la présence
des réfugiés provoqués par
l’exode de 1940, Belges, Hollandais,
Britannique, Polonaise. A la fin de chaque chapitre, une conclusion
partielle et des photocopies de documents terminent la
présentation.
Le cas
des Juifs
est présenté séparément ;
en effet, il a été possible
de déterminer leur présence par
l’apposition sur les fiches de polices
de la mention J ou JUIF. La présence des
Israélites à Nice et dans le
département est particulièrement importante en
nombre évaluée entre
20.000 et 25.000 personnes et par les
pérégrinations particulières par
rapport à d’autres régions. La
proximité de la frontière italienne, les
passages clandestins de celle-ci, les assignations à
résidence ou dans
les camps de concentration français, les arrestations sous
l’autorité
de Vichy, l’aryanisations de leurs biens, la protection dont
ils ont
particulièrement bénéficiés
sous l’occupation italienne et la
férocité
qui suivit lors de l’occupation allemande, font de leur
présence et des
leurs conséquences un cas à part de leur
persécutions en France.
Un
recueil de 222 pages de documents ayant traits aux
persécutions,
souvent inédits, termine la description de leur
présence à Nice, ainsi
que la conclusion générale de cette recherche.
Présentation
de la thèse de doctorat
Cette recherche est
fondée
sur l’exploitation de documents de la Préfecture
des
Alpes-Maritimes. Nous avons commencé par la lecture et la
prise en compte de nombreux documents, dont une partie des copies se
trouve dans les annexes de ma thèse, ensuite par
l’intégration individuelle de 47.863 fiches de la
Police des
Etrangers. Une journée de travail permet
d’incorporer
environ 220 fiches. Chaque fiche comporte 19 renseignements
différents, soit au total 909.397 données. A ce
chiffre, il faut ajouter les renseignements extraits de divers
états
concernant, pour l’essentiel, la vie des Juifs,
renseignements que
nous avons introduits dans ce fichier, afin de les regrouper et
recouper dans un fichier informatique unique de 53.397 état
civils. L’ensemble atteint près d’un
million de
renseignements à exploiter. Précisons ici, que
dans le
courant de la recherche, une fois ces renseignements
intégrés,
il s’est avéré qu’ils
n’étaient pas tous
exploitables. Ce travail a nécessité une
présence
journalière de plus de 3 ans aux Archives
Départementales
de Nice. La difficulté, accentuée par le
côté
fastidieux et répétitif de ce travail, est la
transcription de fiches partiellement incomplètes, souvent
malaisées à lire, largement raturées
et
surchargées. Il en découle des erreurs de lecture
inévitables, et explique que les états et
graphiques ne
reposent pas toujours sur les mêmes données.
La recherche est
articulée
pour l’essentiel en trois chapitres de 1860 à
1944. D’abord
l’immigration italienne, la plus nombreuse, (elle
représente
la moitié des fiches), puis la venue des autres
étrangers
pendant cette période, et enfin le devenir des Juifs dans
notre département à partir de
l’armistice de 1940.
La
première partie
de cette recherche repose sur les nationalités, le chapitre
sur les Juifs est basé uniquement sur
« la
race » juive.
La prise du pouvoir
d’Hitler en Allemagne en 1933 a complètement
changé
les divers aspects de l’immigration ;
d’économique,
puis politique, elle est fondée maintenant sur le racisme
anti-juif, répandu un peu partout en Europe, mais
élevé
en Allemagne au rang de politique d’Etat. Dans ce pays, le
concept
de discipline et d’obéissance est largement
répandu
et est appliqué méthodiquement.
L’attitude pro
gouvernementale de la population allemande de cette époque,
et
dans son ensemble, a rendu les mesures anti-juives
particulièrement
efficaces, donc dangereuses.
Parler des
réfugiés
fuyant le nazisme, en Allemagne, Autriche et en
Tchécoslovaquie,
c’est évoquer un sujet qui m’est
très familier. Moi-même Juif, né en
Allemagne, réfugié en
Italie puis en France en 1938, je suis très proche du
problème. La difficulté dans ce domaine,
c’est de
prendre de la distance avec le sujet à traiter.
L’implication
personnelle et émotionnelle rend la tâche
difficile, et
malgré beaucoup d’efforts, je ne pense pas y
être
parvenu de façon entièrement objective.
La distance
qu’un
historien soutenant une thèse doit prendre face au sujet
à
traiter est sûrement imparfaite. La volonté du
doctorant est, d’une part de prendre cette distance, et dans
ce cas
elle peut être amenée, par crainte
d’absence de
neutralité, à mal estimer l’importance
du sujet, et
d’autre part, malgré lui, à
être trop proche de
ce même sujet, et de ce fait sous ou surestimer leur
importance. Le danger de vouloir prouver des convictions non
établies
documentairement est grand.
Pour toutes ces
raisons,
je me suis abstenu d’expliquer les
« raisons »
de l’existence de l’antisémitisme, des
Lois de Nuremberg
ou du statut des Juifs de Vichy. Je pense que le verbe expliquer
sous-tend la notion de justifier. Or, selon moi, on ne peut pas
justifier l’injustifiable. Je me
suis contenté de décrire ses effets, en
n’oubliant
pas les rôles joués par les différents
acteurs.
Le début
dans
l’Ouest de l’Europe des opérations
militaires allemandes
en mai 1940 a déclenché une fuite de populations
menacées. Partant de Hollande, de Belgique, du Nord et
l’Est
de la France, une vague humaine apeurée, poussée
par
l’envahisseur, arrive dans la partie Sud de la France. Nice a
connu un afflux considérable de
réfugiés de
toutes nationalités durant
l’été 1940.
Uniquement au mois de juillet et août de cette
année, la
seule gare de Nice a comptabilisé
l’arrivée de plus
de 110.000 personnes. Un grand nombre est resté dans notre
région après l’armistice
jusqu’à la
libération. Parmi eux se trouvent des personnes
expulsées
de régions annexées par l’Allemagne, de
zones
interdites par l’occupant, qui de ce fait, ont perdu leur
foyer,
leurs biens et leurs moyens de substance. Parmi eux se trouvent de
nombreux Juifs, en partie identifiables à partir des
premières
mesures de recensement. Ce sont aussi des ressortissants des pays
balkaniques, (Roumains, Hongrois, Grecs, Turcs Polonais, Russes,)
venus en France entre les deux guerres, installés dans la
partie Nord de notre pays, qui deviendra la zone occupée. En
plus des raisons déjà
évoquées, ils
doivent, en tant que Juifs, sauver leur vie.
Décrivant
donc aux
générations actuelles la façon dont
les Italiens
ont été accueillis en France avant la
guerre :
exploités, malmenés, humiliés,
vilipendés,
et quelques fois massacrés. Qu’en reste-il
aujourd’hui,
après deux générations ?
Rien. On ne
remarque même plus leur origine, et c’est bien
ainsi. On a
oublié. Cette remarque est destinée à
se
souvenir que d’autres étrangers sont venus
après la
deuxième guerre, et viennent encore, on les a même
recherchés pour travailler dans nos usines ou ramasser nos
poubelles. Ils ne repartiront pas, car ils sont
déracinés. Compte tenu de la conjoncture, leur
intégration, certes plus
difficile, se fera aussi. N’oublions pas que ce sont
également
des hommes.
Devoir de
mémoire,
droit à la mémoire. Que dire de
l’antisémitisme
qui, ci et là, renaît de bûchers dont
les cendres
sont encore fumantes.
Elles sont
à peine
refroidies, et ses braises, qui ne se sont jamais vraiment
éteintes
depuis des siècles, mais encore chaudes dans nous souvenirs,
infectent déjà des esprits morbides. Les
idées
d’Hitler ne sont pas mortes. Citons les paroles du Pasteur
NIEMÖLLER, opposant allemand de la première heure,
survivant à la vie concentrationnaire de 1937 à
1945,
qui a dit, en 1965,( !) dans le journal paraissant
à
Francfort « Die Stimme » (La
Voix) .
«
Hitler est mort, mais l’esprit qu’il a produit peut
produire
d’autres enfants pareils [aux Allemands] et, en effet, il a
déjà
commencé à en produire ».
Cette
prémonition
est de plus en plus actuelle, c’est pourquoi le devoir de
mémoire,
devient droit à la mémoire, pour les
générations
futures, afin que l’enseignement du passé leur
serve et leur
soit donné pleinement.
Nice,
4 avril 2003.
L'autre partie de ma thèse qui est consacrée à
l'Immigration Italienne, Russe et
Arménienne, L'Exode des
réfugiés de Hollande,
de Belgique et des Pays Balkaniques
entre 1920 et 1944 dans les
Alpes-Maritimes
est consultable à cette adresse:
Foreigners in the Alpes –Maritimes from 1860
to 1944
The research is based on administration department
documents. It
describes migratory movements from 1860 to 1944, the joining of Nice to
France and the end of foreign occupation.
The study comprises three chapters.
The first describes the arrival of Italians,
The second all others foreigners,
The third, Jewish immigrants looking for refuge 1933 to
1944.
We describe theirs movements including their illegal
entry into
France from Italy, their coming before the criminal court, the
judgement with house arrest, especially Saint Martin Vésubie
and
Megève; their arrest, ban from society, deportation and
confiscation of
their possessions.
For each nationality, their home country is studied
including demography, occupation, marriage and consequences.
We conclude by researching the migration factors of
immigrants
established in Nice after the war. A quantitative analysis compares the
differences between the Jewish deportation of the Alpes-Maritimes and
other areas in France.
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