La revanche politique de l Allemagne. Expansionnisme Allemand Du 19ème Siècle Au 20ème Siècle.

Etude sur l'expansionnisme Allemand Du 19ème Siècle Au 20ème Siècle

La revanche politique de l'Allemagne.
Expansionnisme Allemand Du 19ème Siècle Au 20ème Siècle
De 1863 au pacte germano-soviétique de 1939
La fin du «Drang nach Osten1» ?




PREAMBULE

Tout au long de la période de temps étudiée, rares sont les États qui ne se sont pas efforcé, dans un univers en pleine évolution, d’augmenter leur puissance politique et économique, pour agrandir leurs zones d’action.

À la suite de l’essor de l’industrialisation européenne, vers 1840 – 1860, des marchés nouveaux sont à explorer, des sources de matières premières à trouver et à exploiter, des zones d’influence sont à établir et à protéger. L’Angleterre conquiert l’Inde, les Pays-Bas l’Indonésie, la Belgique le Congo, le Portugal l’Angola et le Mozambique, L’Espagne le Rif marocain et les villes de Ceuta et Melilla, l’Italie la Somalie, la Lybie, l’Érythrée et l’Éthiopie, et la France, dès 1830, annexe l’Algérie, et conquiert une partie de l’Afrique noire, pour ne citer que les plus importantes et récentes conquêtes.

Après la proclamation du 2deuxième Reich l’Allemagne, sous la gouvernance de l’Empereur Guillaume 1er et de Bismarck, arrive plus tardivement pour participer à cette expansion. Jusqu’en 1883, le Reich était absent de cette compétition. L’Allemagne prit possession de l’Angola, le Cameroun, le Rwanda, le Togo et le port de Dar es Salam. Le plus important territoire fut la Namibie, prise par Lothar von Trotha. Celui-ci est l’auteur des massacres des 3Hereros, déportés vers le Togo ou exterminés, à la suite d’un ordre d’4extermination. Cet acte fut le premier appelé « génocide ». Après le départ de Trotha, 5 Heinrich Goering dirigea cette colonie.

Notre réflexion tend à étudier les effets de la recherche de son espace vital en Europe, puis de sa commutation coloniale, elle va donc se concentrer essentiellement sur l’Allemagne, car c’est le seul pays européen, pendant la période étudiée, qui a explicitement ou implicitement annoncé l’extension de son territoire européen.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, mentionnons un extrait d’un article de l’encyclopédie Wikipédia, sous le titre « Drang nach Osten » (en allemand : poussée vers l’Est) qui traite du colonialisme allemand. Mais ce mot désigne aussi, dans les livres d’histoire, la politique expansionniste de l’Autriche dans les Balkans.

« Le « Drang nach Osten », est un mouvement colonial germanique initié sous le règne du Saint empereur romain germanique Frédéric II Hohenstaufen dans la première moitié du XIIIe siècle. Il se traduit par un mouvement de colons allemands vers des terres slaves et souvent païennes. L’ordre des chevaliers teutoniques, créé lors des croisades, fondateur d’État dans les Pays baltes, est un aspect de ce colonialisme jusqu’à leur défaite à Tannenberg en 1410. Évangélisant les régions païennes avec une extrême brutalité, ces moines-soldats ont permis l’installation de colons dans ce qui deviendra plus tard la Prusse »

Sébastien Haffner6 remarque :

« Curieusement, le parlement (de l’Allemagne) siégeant à l’Eglise Saint Paul, (à Frankfurt) avait des intentions moins pacifiques que celles qu’on lui prête généralement. A l’Eglise Saint Paul, on n’envisagea pas une mais plusieurs guerres : une grande guerre conte la Russie pour libérer la Pologne, au centre et à droite, une guerre contre le Danemark, guerre qui fut effectivement menée en 18487.

 Bismarck disait :  

« ce n’est pas vers le libéralisme de la Prusse que l’Allemagne tourne son regard, mais vers sa puissance. Les grands problèmes de notre temps ne seront pas tranchés par des discours, mais le fer et le sang. »

L’époque étudiée proposée débute en 1863, qui marque le déclenchement de la guerre entre la Prusse et l’Autriche, et se termine 1939, par le pacte germano-soviétique. C’est pendant cette période que la poussée vers l’Est s’est extériorisée.

Cette étude n’a pas pour but de rappeler les dates histoires, qui sont évidemment connues, mais de vérifier à quel point les différents évènements ou ambitions auxquels nous ferons référence sont sans liens entre eux, ou, au contraire, procèdent d’une pensée, d’une intention politique à long terme, transmises dans un même pays, d’abord impériale, puis démocratique enfin dictatoriale, et ainsi répercuté de génération à génération. Nous nous sommes basés uniquement sur des écrits (avec leurs références) des différents acteurs de l’époque considérée.

Pour situer plus aisément les époques évoquées, nous y engloberons les principaux évènements politiques qui font le contexte de cette époque.

Du 2ème Reich au Traité de Versailles

Une première démarche dans le sens de l’élargissement de l’espace vital a été entreprise par la Prusse en 1834 en créant une union douanière (8Zollverein). Le principal gagnant de cette union va être la Prusse qui, par ce moyen, va réaliser l’union des Allemagnes.

En 1866, après l’éviction des Autrichiens de la 9Confédération germanique, le Roi du Danemark doit abandonner ses droits sur le Holstein.

D’après, 10Théodore Zeldin, « La nouvelle organisation économique pousse à la constitution des nouveaux États. Ce n’est pas un hasard si l’Allemagne, qui connait la plus forte progression de la production industrielle du XIX siècle, cesse peu à peu d’être une poussière de principautés, pour tendre à son unité, vers la Prusse. L’Europe commence à s’organiser en grands ensembles politiques et économiques, et les classes dirigeantes changent de visage. »

La même année (1866) l’Allemagne attaque l’Autriche (bataille de Sadowa), et oblige son adversaire à restituer la Vénétie à l’Italie. En 1867, le territoire de l’Empire du 2e Reich est réalisé, il va d’un seul tenant de la Sarre au Niémen. À cette occasion une doctrine militaire est introduite dans le Zollverein.

L’Autriche est exclue de cette Allemagne.

L’Empereur François Joseph a dû s’engager au compromis dualiste, « Autriche-Hongrie ». C’est la conséquence du refus d’intégrer l’Autriche dans le nouveau concept allemand. Devant l’impossibilité d’agrandir son influence au nord de son Empire (la Bavière), elle se dirige vers une conquête balkanique. Les empereurs d'Autriche se trouvent expulsés de leurs zones d'influence traditionnelles, l’Italie(1860), puis l'Allemagne (1866). En 1867, François-Joseph 1er, empereur d’Autriche, est couronné roi de Hongrie.

À partir de 1878,11 date à laquelle elle est devenue puissance balkanique, l’Autriche-Hongrie souhaite maintenir et développer son influence sur ces territoires. L’expression allemande, « Drang nach Osten » signifie « poussée vers l’Est » et désigne aussi la politique austro-hongroise d’expansion dans les Balkans. Le Drang nach Osten est manifeste après 1866 : chassée d’Italie, l’Autriche ne peut s’étendre que vers le Sud-est européen

Bismarck, chancelier depuis 1862, a, en politicien chevronné, de la suite dans ces idées. Il l’a montré depuis l’affaire du Danemark jusqu’à la guerre de 1866 contre l’Autriche, en agrandissant l’influence de l’Allemagne par l’élargissement de son l’espace vital. Cette progression de la domination allemande en Europe inquiète la France. La succession au trône d’Espagne aggrave les tensions entre ces deux pays, mais les machinations de Bismarck12, en faussant le sens du compte-rendu de notre Ambassadeur, contraint la France à déclarer la guerre à l’Allemagne. Elle perd ce conflit, Napoléon III est fait prisonnier, la France doit céder l’Alsace et une partie de la Lorraine. Cette victoire allemande13 renforcera la position du chancelier Bismarck et lui permettra d’unifier les États allemands autour de la Prusse. En outre, par cette annexion, elle renforcera considérablement son potentiel humain, industriel, ainsi que son espace vital.

Bismarck connaissant mal la mentalité des nouveaux territoires, espère germaniser rapidement ces populations. Ils sont soumis à une véritable dictature. Ce forcing créera, tant en France qu’en Alsace-Lorraine annexée, une animosité envers l’Allemagne, accentuée par la crise franco-allemande qui ira en s’amplifiant.

L’Allemagne entreprend, entre 1883 et 1885, la conquête de la Namibie, du Togo, le Cameroun et de la Tanzanie, en vue de l’élargissement de son espace vital.

Bismarck, en désaccord avec Guillaume Ier, démissionne en 1888. Le nouvel Empereur, Guillaume II (1888-1918) veut diriger lui-même la politique étrangère.

Jean-Jacques BECKER,14 dans un article du mensuel « Histoire15 » écrit : « pendant longtemps, après la guerre de 1870, l’opinion publique allemande n’avait pas cru à la possibilité d’une guerre européenne, mais au début du siècle, un courant de résignation fataliste à la guerre mondiale se propagea. Le gouvernement allemand […] ne souhaitait pas un conflit généralisé, mais en prit le risque. »

En janvier 1913, le Reichstag16 vote une loi qui préconise l’accroissement des effectifs militaires et de l’amélioration du matériel. La France réplique par le service militaire de trois ans. Il suffit d’une étincelle pour déclencher l’incendie.

Le chancelier allemand BETHMANN-HOLLWEG17 déclare de son côté, le 27 juillet 1914 « Une fatalité plus forte que la puissance de l’homme plane sur l’Europe et le peuple allemand »

Plusieurs incidents aggravent encore les relations franco-allemandes qui restent tendues. Le principal fut celui d’Agadir en 191118 résolu diplomatiquement. Survint la crise balkanique. Depuis 1878, la Bosnie-Herzégovine était occupée par l’Empire d’Autriche-Hongrie, qui l’annexa en1908. Elle est mal vécue par les populations slaves, notamment par les Serbes, qui refusaient cette occupation. Cette annexion aura des conséquences funestes. L'étincelle qui provoqua la guerre de 1914 survint avec l’assassinat par les Serbes bosniaques de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône austro-hongrois. Les exigences de l'Autriche-Hongrie, envers la Serbie, sont telles qu’elles provoquent le refus des clauses de l’ultimatum Les engagements des 19traités de la Russie et de la France envers les Serbes entrent en vigueur.

Les études historiques sur la période étudiée soulignent presque toutes que « l’Autriche- Hongrie est fortement encouragée par l’Allemagne à déclarer la guerre à la Serbie », mais sans documenter cet avis. Une exception toutefois est la recherche par l’historien 20Fritz FISCHER qui attribue à l’Allemagne la totalité des responsabilités dans l’éclatement de la guerre. Le chef de l’État Major autrichien, Conrad von HÔTZENDORF et BERCHTOLD21 déclarant « vouloir mater la Serbie ». Or, Jean-Jacques BECKER,22 pense que « le gouvernement autrichien ne pouvait se lancer dans cette opération sans le soutien du gouvernement allemand — qui le lui accorda et l’encouragea ». Selon Pierre GROSSER,23 l’Empereur d’Autriche écrivit le 2 juillet 1914 à Guillaume II pour s’enquérir de l’éventuel soutien allemand en cas de conflit. Le 4 juillet, il délégua son propre émissaire, le comte HOYOS, afin de connaitre la position de Berlin, dans le cas où Vienne entreprendrait d’éliminer la Serbie comme puissance politique dans les Balkans. À cet envoyé, l’empereur allemand déclara que la monarchie des Habsbourg ne serait à l’abri de l’agitation panslave que si la Serbie était éliminée. Bref, son soutien à Vienne était entier, même en cas d’intervention de la Russie.

Quelles sont alors les raisons de l’attitude allemande ? L’Allemagne n’a pas de buts de guerre « naturels », ce qui a entrainé la recherche de buts artificiels. Ce manque de buts nationaux tangibles a conduit à la concentration d’une expansion du pouvoir. Ils vont de simples peurs à des intérêts économiques en passant par des rêves flagrants de toute-puissance.

Un commentaire de Wikipédia nous éclaire en signalant « que la conception du moment qu’à l’Empire allemand de la guerre est celle d’une guerre défensive, mais les victoires rapides conduisent à de gigantesques projets d’annexions. Le but principalement économique formulé avant-guerre d’une expansion coloniale en Afrique et en Asie mineur est vite remplacé par une expansion générale de la puissance allemande en Europe. Par des annexions à l’Est et à l’Ouest, l’Empire allemand veut assurer durablement son hégémonie européenne. Ce n’est qu’après cela que le combat pour « la place au soleil » 24 a de bonnes chances d’aboutir25 ".

Cette formulation n’est apparue qu’après le début des hostilités, mais exprime clairement, qu’avant la guerre, les raisons qu’avait Guillaume II à pousser l’Autriche-Hongrie à l’intransigeance. Il n’était pas concevable que par le jeu des alliances, la Russie, protectrice des Serbes, n’allât venir à son secours, et que la France, liée par son traité avec la Russie, et de son désir de revanche de 1870, allât tenir ses engagements. Voilà au moins une des raisons plausibles de l’encouragement de l’Allemagne à son allié autrichien envers la Serbie.

Les intérêts de l’Autriche-Hongrie, pour expansionnistes qu’ils furent, ne coïncident pas avec ceux de l’Allemagne. Celle-ci cherchait, dans un premier temps, à réunir les populations de langue allemande. L’Autriche était multi- culturelle. Elle songeait à protéger son existence monarchique, consolider un régime reposant sur la dynastie, l’armée et la bureaucratie, à conquérir une partie de la péninsule balkanique pour la défendre de la menace russe. Elle désirait annexer une partie de la Serbie, du Monténégro, de la Roumanie, de l’Albanie et de la Pologne russe.

En réunissant et en additionnant les deux forces militaires, on peut avancer la thèse que l’Allemagne se servait de son allié autrichien pour ses propres projets d’annexions à l’Est, et vice-versa, l’Autriche, qui va exploiter la situation créée par le concours allemand pour ses ambitions d’annexions de territoires au Sud. Pour l’Allemagne, résoudre ses convoitises formulées par son « Drang nach Osten », pour l’Autriche, assoir davantage son multiculturalisme.

En 1917, lorsqu'éclate la révolution russe à la suite de la chute du tsar Nicolas II, Lénine se trouve en Suisse. Après avoir imaginé différents itinéraires possibles, il se rend de Suisse à Petrograd, à travers l'Allemagne en guerre, avec un groupe de révolutionnaires russes de toutes tendances, à bord d'un train protégé par une immunité diplomatique, dite «voitures plombées ». Cet épisode suscita une polémique, certains accusant Lénine d'avoir été acheté par le gouvernement allemand. En effet, ce dernier a organisé et financé le retour en Russie de Lénine et de son parti bolchévique en exil. Dans ses mémoires, le général en chef allemand Ludendorff26 explique qu'il espérait que la révolution en Russie amènerait la décomposition de l'armée tsariste et le retour en Russie de révolutionnaires favorables à une paix séparée avec l’Allemagne. Lénine est partisan de cette paix séparée avec l’Allemagne, ceci afin d’avoir le temps de pouvoir assoir le nouveau régime bolchévique.

Le raisonnement de Ludendorff porte ses fruits : le traité de Brest-Litovsk du 3 mars 1918 avec l’Union soviétique prévoit la session de la Pologne, de la Lituanie, de l’Estonie, ainsi que l’indépendance de 27l’Ukraine et de la Finlande. Entre le moment de la signature de Brest-Litovsk (mars 1918) et de la défaite des Empires centraux, (1918) et le traité de Versailles,(1919) l’Empire allemand procède d’une volonté d’annexions étendues à l’Est et à l’Ouest. Ludendorff développe une stratégie selon laquelle la sphère d’influence allemande doit être étendue en Russie pour faire contrepoids au bolchévisme. Les états frontaliers de la Russie, de la Finlande à la Géorgie ne sont pas directement annexés, mais dépendent étroitement en matière de politique économique et militaire de l’Empire allemand.

28 L’Allemagne, en 1917, considère que les territoires de l’Empire russe occupés par l’armée allemande, Galicie, Lituanie, Lettonie, Estonie, Pologne, resteraient, selon la volonté exprimée des peuples, sous domination allemande.

Le conflit, commencé le 3 août 1914, bouleversa complètement l’échiquier politique de l’Europe. A la fin des hostilités en 1918, les trois Empires européens en guerre furent remplacés, en Russie par la dictature bolchevique, en Autriche par une démocratie, et en Allemagne par la République de Weimar. Par les clauses du Traité de Versailles29, l’Allemagne perdit toutes ses conquêtes, y compris ses colonies.

En un bref résumé ; la guerre contre l’Autriche de 1866 est la première manifestation du désir de l’Allemagne d’agrandir sa zone d’influence, en cantonnant l’Autriche dans ses frontières avec l’Allemagne.

En 1870, Bismarck, en tronquant le contenu de la dépêche d’Ems30, incite la France, du fait de ce subterfuge, à déclarer la guerre à l’Allemagne. Celle-ci conquiert l’Alsace et une partie de la Lorraine, provinces riches en ressources humaines, minières et en industries.

De 1863 à 1865, l’Allemagne conquiert une partie de l’Afrique occidentale pour satisfaire son désir d’espace vital et assoir ses prétentions internationales.

En 1911, le conflit d’Agadir menace sérieusement la paix en Europe, menace transformée en guerre mondiale en 1914.

Ainsi, la Prusse, puis l’Allemagne, en une quarantaine d’années, sont en mesure de s’armer cinq fois, faire la guerre, conquérir de nouveaux territoires, pour réaliser son besoin d’espace vital.

La présente recherche a aussi pour but de vérifier si la politique d’expansion guerrière de territoires pratiquée jusqu’ici continue par d’autres voies après 1918.

L’Allemagne a-t-elle perdu la guerre de 1914-1918 ? Des historiens sont prudents quant à la réponse à cette question. Des arguments privilégient cette interrogation : en effet, la France et l’Angleterre se sont appauvries par ce conflit, et perdent peu à peu leurs influences sur l’échiquier mondial. Les ravages destructeurs matériels furent subis uniquement en dehors des frontières allemandes. L’industrie lourde allemande est intacte. L’armée allemande se retire en bon ordre dans ses anciennes frontières. Le nouveau gouvernement allemand rechigne d’abord, puis s’oppose aux paiements des dommages de guerre. Et surtout, une partie non négligeable de l’opinion allemande refuse cette défaite, invoque la trahison « de l’arrière » et raisonne déjà en terme de revanche. L’Espace vital » se transforme en « Drang nach Osten » et cette prétention reste vivace dans l’esprit de la plupart des dirigeants et intellectuels allemands.


Du traité de Versailles à l’avènement d’Hitler

À la fin des hostilités, de nouveaux acteurs font irruptions sur la scène sociologique et diplomatique européenne. Ils se rapportent tous directement ou indirectement au le sujet d’étude proposé.

La République de Weimar voit le jour.

Les idées de la révolution bolchevique, qui datent de 1905, sont présentes dans toute l’Europe.

La politique vaticane antibolchévique représentée par les Nonces apostoliques.

L’inflation allemande appauvrit les plus faibles.

Les États Unis, impliqués militairement à la fin de la Grande Guerre ont maintenant leur mot à dire. Roosevelt veut ménager l’Allemagne pour éviter qu’un esprit de revanche ne s’installe dans ce pays. Il tend à imposer une nouvelle diplomatie universelle par son programme en 14 points.

La diplomatie anglaise veut aussi laisser à l’Allemagne une certaine autonomie, ne serait-ce que pour favoriser ses exportations du Royaume Uni, en n’oubliant pas que l’Allemagne est son quatrième marché le plus important, devant les États-Unis, et aussi pour empêcher la France d’acquérir une hégémonie européenne.

La Société des Nations est créée, mais le Sénat des États - Unis refuse d’y adhérer.

La France impose des pénalités importantes au vaincu.

Les théories du « National - Socialisme » surgies dès la fin de la Grande Guerre commencent à s’enraciner en Allemagne.

Il n’est pas dans notre intention de traiter chacun des sujets exposés ci-dessus. Ces observations ne sont entreprises que dans la mesure où une relation, avec l’hypothèse énoncée, l’influence sur la politique d’espace vital de l’Allemagne, s’avère justifiable.

Le 9 novembre 1918, Guillaume II abdique et trouve refuge aux Pays-Bas. Au même moment, la République allemande est proclamée à Weimar, une assemblée constituante libérale est votée. Le Reichsrat31 proclame le rattachement de l’Autriche, terre germanique, à l’Allemagne, mais rencontre le refus des Alliés. Cette République est impopulaire, car elle a accepté le traité de Versailles, étiqueté « le Dictat ».32

Winston Churchill33 écrit : « Cette République était regardée comme imposée par l’ennemi […] C’est alors que de grandes forces furent lâchées comme à la dérive ; l’abime était ouvert et dans cet abime s’avança à grandes enjambées un fou au génie féroce, dépositaire et incarnation des haines les plus virulentes qui jamais ne dévora le cœur humain : le caporal Hitler »[…][…] « En Allemagne, les nationalistes faisaient une campagne ardente, réclamant la suppression dans le traité de paix de la responsabilité allemande de la guerre, et demandaient de remettre en cause la souveraineté française sur l’Alsace-Lorraine. »

Hermann RAUSCHNIG34, écrit :  « comme Stresemann35, Hindenburg36, ainsi que les neuf dixièmes du peuple allemand, humilié dans sa fierté, arrêtée dans son essor, a décidé reprendre un jour ses anciennes frontières »

Dans un sens, Ludendorff avait raison. Le retour en Russie des révolutionnaires communistes conduisait à une paix séparée, favorable à l’Allemagne. Des troupes nouvelles étaient disponibles pour le front de l’Ouest. Par contre, il ne pouvait imaginer à quel point les idées communistes prendront racine dans son propre pays et ce dès la fin de la guerre. La révolution spartakiste37, prenant modèle sur les évènements bolchéviques, est écrasée dans le sang par l’armée allemande. Les leadeurs, Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg sont exécutés sommairement. Malgré cela, le parti communiste allemand prend de l’ampleur. Le discours de Lénine38 (ci-dessous) encouragea les partisans du communisme, mais effraya durablement les adversaires farouches de ce mouvement marxiste-léniniste.

[…] « La période actuelle est celle de la décomposition et de l’effondrement de tout le système capitaliste et sera celle de l’effondrement de la civilisation européenne en général, si on ne détruit pas le capitalisme avec ses contradictions indissolubles ».« […] Le mouvement en faveur des Soviets s’étend toujours plus loin, non seulement dans les pays de l’Europe Orientale, mais aussi de l’Europe occidentale, non seulement dans les pays vaincus, mais aussi dans les pays victorieux comme l’Angleterre par exemple ; et ce mouvement n’est rien moins qu’un mouvement ayant pour but la création d’une nouvelle démocratie prolétarienne ; il est le progrès le plus considérable vers la dictature du prolétariat, vers la victoire complète du communisme »[…] La victoire de la révolution prolétarienne est assurée dans le monde entier : la constitution de la République soviétique internationale est en marche ».

Cette citation du livre de M. HAFFER39 éclaire la situation «  Dans les troubles de la guerre civile gagnant la Russie, et dans l’intervention des Alliés contre le régime bolchevique, les hommes politiques allemands voient une chance de pouvoir aller plus loin que le prévoit le traité de Brest-Litovsk, et de mettre toute la Russie européenne sous dépendance allemande. Les forces allemandes se mirent en marche au-delà des frontières fixées par le traité. En 1918, les Allemands occupèrent une ligne de front allant de Narva jusqu’à Rostov sur le Don. […] À Berlin on envisagea sérieusement d’ériger sur les ruines du régime bolchevique, en terre russe, un Empire allemand ».

Deux mois à peine après l’armistice de 1918, le général allemand von der GOLTZ pose les bases d’une colonisation germanique en Russie, comme Ludendorff en 1917, en recrutant des volontaires (FREIE KÖRPER) à qui il distribue, en récompense, des terres pour former une « Armée Blanche » sous les ordres du colonel BERMONDT-AVALOFF.

Marlis STEINERT, Université de Genève40 écrit : « La doctrine marxiste-léniniste a démontré depuis longtemps que l’impérialisme allemand avait, au moment où la Deuxième Guerre éclata, mené déjà depuis quarante ans une politique continuelle d’expansionnisme en vue d’aboutir à un nouveau partage de l’Europe et du monde, de s’y assurer une domination économique, d’acquérir une influence sur de nouveaux marchés et de conquérir de nouvelles sources de profit et de matières premières. Les milieux les plus réactionnaires et les plus agressifs du capital monopolistique allemand n’avaient jamais accepté de considérer comme définitif l’échec de leur première tentative des années 1914-1918, destiné à assurer à l’Allemagne une place prédominante en Europe et un rang de puissance mondiale ».

Le mécontentement populaire est aggravé par la crise économique due aux dettes de l’État allemand, qui est tenu à payer les réparations aux vainqueurs. L’inflation est galopante, le Mark est dévalué. 41 L’amertume de la bourgeoisie était justifiée, car le gouvernement du Reich, non seulement acceptait l’inflation sans réagir, mais s’en servait dans un but précis : en rendant la monnaie allemande indésirable sur le marché international, il essayait de se débarrasser du paiement des dettes de guerre.

En 1923, a lieu une tentative de putsch du « Parti national et socialiste » (N.S.D.A.P. abrégé Nazi) à Munich, par les « sections d’assaut (S.A.42) avec le concours de Ludendorff. Cette manifestation échoue, mais ce nouveau mouvement anticommuniste perdure dans les frontières allemande et même bien au-delà.

L’antagonisme idéologique entre les deux conceptions, bolcheviques et nazies, est féroce ; apparemment, tout les sépare, tous les moyens, légaux et illégaux sont employés, et les deux concepts affichant, chacun à leur manière, vouloir conquérir le monde. Pourtant, des « arrangements » se font jour.

Le traité de Rapallo, signé le 16 avril 1922, entre l’URSS et l’Allemagne, permet aux deux signataires de sortir de leur isolement après la Grande Guerre. Ce traité rétablit leurs relations diplomatiques et commerciales, et met aussi en place une collaboration militaire avec des camps d’entraînement secrets.43 Il fut signé, côté allemand, par Walter RATHENAU, Juif, industriel, ministre des Affaires étrangères. Ainsi, l’objectif prioritaire de la Reichswehr s’était réalisé : le contournement des conditions militaires du Traité de Versailles. 44Après RAPPALO, la collaboration militaire germano-russe se consolida pour durer jusqu’en 1933. L’idée d’une guerre future aux côtés des Russes contre la Pologne resta vivace dans l’esprit des deux états-majors.

Après l'armistice du 11 novembre 1918, Rathenau accepte de soutenir les institutions de Weimar pour préparer la revanche. Il est néanmoins choisi pour cible par les groupes nationalistes révolutionnaires de droite comme de gauche, et est assassiné le 22 juin 1922. Le 17 juillet 1933. Hitler fait un geste hautement symbolique en honorant publiquement les assassins de Rathenau. Le père de Rathenau fut le fondateur d’AEG.

En 1924-1925 une nouvelle ère de prospérité à l’Ouest est née. Les accords de Locarno (1925) aux termes desquelles l’Allemagne renonçait définitivement à l’Alsace-Lorraine et s’engageait à respecter la démilitarisation de la rive gauche du Rhin. Ces accords signifiaient le désengagement de la France. La conséquence implicite incita la France à se consacrer à sa seule auto défense, elle construisit la ligne Maginot.

45« La France et l’Angleterre n’étaient pas seulement les pays créanciers de l’Allemagne, elles étaient aussi des pays débiteurs à l’égard des Etats Unis. Elles avaient largement financé la guerre avec des crédits américains dont les Etats Unies réclamaient le remboursement. La France et l’Angleterre payaient, même si c’était à contrecœur. Dès lors, un trafic économique circulaire s’installa : l’Allemagne payait les réparations à la France et à l’Angleterre, qui, à leur tour, payaient leurs dettes aux Etats Unis, lesquels, pour faire marcher ce mécanisme économique, accordaient des crédits au Reich ».

46Le règlement de 1924-1925 (Daves-Young) qui apporta quelques années paisibles fut cependant remis en cause par la crise économique qui éclata en 1929 aux Etats Unis. Pour l’Allemagne, elle devait avoir des conséquences désastreuses : les crédits américains cessaient d’affluer, ceux à court terme furent aussitôt annulés. Dans ce pays l’emploi jusqu’à là assez satisfaisant recula considérablement et une vague de banqueroute déferla sur le Reich. Cette évolution offerte pour la seconde fois au gouvernement allemand, l’occasion de se libérer des réparations, dont le nouveau plan Young venait tout juste d’entrer en application. Cette fois, le gouvernement allemand ne préconisait pas l’inflation, mais une politique résolument déflationniste qui devait jeter l’Allemagne dans une pauvreté telle que tout paiement de dettes de guerre était exclu. Les pays créanciers, pensait-on, ne pouvaient que s’y résigner. Cette politique déflationniste amena la seconde catastrophe sociale dont le gouvernement de Weimar s’accommoda pour se débarrasser des réparations, et cette politique arriva à ses fins.

Ce «succès» qui devait coûter cher à l’Allemagne et pousser les masses appauvries dans les bras d’Hitler. Aux élections de 1924, le parti nazi eu 32 élus, en 1928, 14 seulement, 1930 107 députés, en 1932, 230 sièges

La Société des Nations ne reconnait l’Allemagne comme membres qu’en 1926, et l’URSS en 1934 seulement. Henri KISSINGER, dans son livre  DIPLOMATIE 47, écrit «  Staline craignait par-dessus tout, une coalition des pays capitalistes qui auraient simultanément attaqué l’URSS. En 1927, présentant la stratégie, comme Lénine l’avait fait dix ans auparavant, il dit :  bien des choses dépendent de notre capacité à retarder la guerre inéluctable avec le monde capitaliste jusqu’au moment où les capitalistes se battent entre eux. » Pour hâter cette perspective, l’URSS avait conclu l’accord de Rapallo avec l’Allemagne en 1922, le traité de neutralité qu’elle renouvela en 1931, s’engageant explicitement à rester à l’écart d’une guerre capitaliste.

Le Vatican, tout au long de la période analysée, joua un rôle important dans les affaires européennes. L’anticommunisme en fut la locomotive.

« C’est dans les années vingt que se dégagea le rôle politique du futur PIE XII.48 Pacelli participa à l’élaboration et à la mise en œuvre de la politique des milieux industriels et agrariens appuyés par un haut clergé. Sa mission, officiellement la conclusion de plusieurs concordats préservant ou accroissant les droits de l’Eglise, consista à seconder l’alliance entre toutes les forces de la droite allemande. La tâche, achevée en janvier 1933, ouvrit la voie à la guerre de revanche. […] On étudiera surtout les étapes marquantes d’un cheminement qui érigea Pacelli en pangermaniste, antisémitisme inclus ».

PACELLI, fut chargé49 « d’appeler l’attention du gouvernement allemand sur le péril qui en résulterait pour l’Europe, d’une entente militaire germano-russe, menaçant toute l’Europe centrale » les motifs du choix en faveur d’Hitler (1933) remontent aux décennies précédentes ».

« Le Vatican,50 vaincu avec les Empires centraux, s’était engagé aux côtés du Reich, à liquider les stigmates de cette défaite. Ce programme, inavouable, visant les nations qui n’avaient pas bouleversé leurs structures socioéconomiques autant que l’URSS, se retrancha derrière le rideau de fumée de la croisade antibolchevique. »

Le plan Charles DAWES51 était destiné à apporter une solution au problème des réparations posé par le traité de Versailles et à tirer l’Allemagne du chaos de l’inflation. Il préconise l’évacuation de la Ruhr occupée par la France depuis 1923, une réduction du paiement des réparations et une aide de huit-cent-mille Marks Or à 8%.Il inaugura l’afflux de capitaux américains en Allemagne. Le retrait intempestif de ces capitaux d’Allemagne provoque, entre autres considérations, la crise de 1929.

La conférence internationale de Locarno (1925) réunissait les représentants de la France, de l'Allemagne, de la Belgique, de la Grande-Bretagne, de la Tchécoslovaquie et de la Pologne. Cette conférence avait pour but de réviser le Traité de Versailles de 1919. Une série d'accords étaient signés en octobre 1925. Le plus important de ces traités établissait le maintien du statuquo en ce qui concernait les frontières franco-allemande et belgo-allemande sous la garantie de l'Angleterre et de l'Italie. Cependant, aucun pacte équivalent ne garantit la frontière orientale. Un extrait du rapport politique du Comité central de l’URSS du XIV congrès52 nous éclaire sur les réflexions soviétiques au sujet du Traité de Locarno : » C’est une suite du traité de Versailles […] quelles garanties avons-nous que la paix de Versailles, et sa conséquence, le pacte de Locarno, soient durables, après la perte de la Haute Silésie, du corridor de Dantzig, de la Galicie par l’Ukraine, la perte de la partie occidentale de la Russie blanche, après la perte de Vilna par la Lituanie ? Qui nous garantit que ce traité, qui a morcelé toute une série d’États et créé toute une série de conflits ? De telles garanties n’existent pas et ne peuvent pas exister. Si plan « Daves » renferme en germe une révolution allemande, le pacte de Locarno porte en lui le germe d’une nouvelle guerre européenne.»

Winston Churchill53 observe que les Alliés, vainqueurs, avaient limité les effectifs de l’armée allemande à 100.000 hommes, et la conscription avait été interdite… Les 100.000 hommes autorisés furent 100.000 chefs, et une fois la décision prise d’augmenter les effectifs, les simples soldats devinrent sous-officiers, et les sous-officiers, officiers. Afin de mettre en défaut la curiosité des Alliés, des fragments entiers de ces manuels (militaires) furent imprimés à part et rendus publics. Par contre, ceux destinés à la consommation intérieure furent tenus secrets. La Police allemande devint bientôt complice de la 54Reichswehr dans l’opération qui consistait à accumuler des armes. A partir de 1926, cette organisation compta des représentants dans toute l’Allemagne.

En 1932, siégea à Genève la Conférence internationale de désarmement. Dans le traité de Versailles, les pays alliés avaient considéré comme préalable à leur propre désarmement le désarmement allemand. La politique allemande interpréta ce principe à son profit : ou les Alliés consentaient au même désarmement qu’ils avaient imposé à l’Allemagne, ou ils accordaient à l’Allemagne le droit au réarmement. Cette argumentation fit son effet. Il faut dire que le climat international avait changé, sans doute à cause de la crise économique mondiale, mais aussi parce que la guerre était déjà loin. Lors de cette conférence en 1932, les pays occidentaux accordaient à l’Allemagne, alors gouvernée par von Schleicher, un droit égal au réarmement.

Le parti nazi a des résultats électoraux fluctuants au gré des désordres économiques résultants des chiffres du chômage et de la crise de 1929. Ses partisans groupés, sous la bannière des S.A., tirent profit des préoccupations de cette société troublée, pour générer des troubles. Le 30 janvier 1933, sous la pression des industriels qui veulent un rétablissement de l’ordre, Hindenburg appelle Hitler comme chancelier.

L’antagonisme entre les idéologies communistes et occidentales sera le moteur le plus important des années 1920 à 1940, et, pendant cet intervalle, presque tous les évènements en découleront. 55 A l’égard de l’Allemagne, la politique de stricte application du traité de Versailles desservit les modérés de la République de Weimar et favorisa les positions extrémistes du parti nazi. A l’inverse, après l’arrivée d’Hitler au pouvoir, les élites françaises réagirent mollement aux violences répétées du traité.

Les motivations des nouveaux intervenants européens ne sont pas toujours affichées comme telles comme l’anticommunisme, d’autres intentions idéologiques surgissent, et les intérêts commerciaux sont loin être ignorées.

DU 30 JANVIER 1933, A LA CONFERENCE DE MUNICH EN 1938

Hitler publia Mein Kampf en 1925 avec un succès modeste jusqu’en 1929. Après 1930, le tirage augmenta fortement. On estime l’édition global à environ dix-millions d’exemplaires, en langue allemande.

Il annonce sans ambigüité le programme du parti nazi, fondé notamment sur la volonté de réunification des territoires à population germanique ainsi que la nécessité de s'assurer, en Europe de l'Est, un « espace vital » allemand. Il comporte des avertissements précis.

Selon Adolf Hitler :

« La cartographie de l'Europe issue du traité de Versailles est inacceptable, car elle a pour conséquence immédiate l'éclatement des peuples de culture allemande.

L'Autriche et les minorités allemandes de Tchécoslovaquie et de Pologne doivent être rattachées à l'Allemagne en un seul espace géographique. Le « Grand Reich » apparait comme la tâche essentielle de sa vie […] Pour assurer l'épanouissement du peuple allemand réunifié, il se réfère à la voie des chevaliers teutoniques : « conquérir par l'épée allemande le sol où la charrue allemande devrait faire pousser le blé pour le pain quotidien de la nation ».

Cela nécessite de réarmer le pays et d'atteindre l'autosuffisance économique par une série de conquêtes territoriales. 56

« Le nouvel essor de la nation allemande doit se faire notamment au détriment des territoires russes, des pays de l'Europe centrale et danubienne, mais aussi à l'ouest, au détriment de la France qu'il considère comme « inexorable et mortelle ennemie du peuple allemand ».

Ce programme a le mérite d’être clair et identique à ses buts : conquête de l’espace allemand au détriment (sic) des peuples soumis.

Il confirme notre hypothèse de travail énoncée au départ, que nous rappelons : « cette étude n’a pas pour but de rappeler les dates et les faits historiques, qui sont évidemment connues, mais pour les situer brièvement dans le contexte du moment et de vérifier si les différents évènements sont sans liens entre eux, ou, au contraire, procèdent d’une pensée, d’une intention politique à long terme, transmise dans un même pays, d’un système politique à un autre d’un système politique, et, de ce fait, répercuté de génération en génération »  

Ces plans sont peu à peu réellement exécutés.

En dehors de l’Allemagne, le programme d’Hitler est peu lu. Ce n’est pas le cas pour ses compatriotes qui l’achètent en masse pour être informés des buts de sa politique. Mis à part ses opposants politiques ou éthiques, pour l’électeur allemand qui l’a lu et élu, il est difficile de prétendre qu’il en ignorait ces projets. Hitler cumule alors les deux fonctions : Président de la République et Chancelier sous le nom de Reichsfüher57. Près de 90 % des électeurs approuvent ce bouleversement constitutionnel par référendum58. Ceci est confirmé par les images des actualités allemandes de cette époque qui montrent l’enthousiasme des multitudes fanatiques, même si l’on tient compte de l’apport inévitable de la propagande Nazi. Par le « Füherprinzip59», Hitler affirme n'être responsable devant personne.

Notre but n’est pas de commenter tous les actes du dictateur, mais seulement de faire ressortir ceux qui ont un rapport, direct ou lointain, avec le sujet de notre recherche. En outre, nous faisons ressortir le contexte politique général de cette époque en Europe.

Le concordat du Reich avec le Vatican de 193360, préparé par Mgr. Pacelli61 fut le premier acte international signé par Hitler. On n’a pas manqué d’assimiler cette décision du Vatican, représentant une institution de haute valeur morale, à un caractère d’honorabilité pour le nouveau chancelier.

62Les motivations de la diplomatie de Pie XII et de ce que l’historien Friedlander nommait « sa prédilection pour l’Allemagne et son anticommunisme virulent (du pape). » montrerait l’existence entre l’Allemagne et le Vatican d’une communauté d’intérêt contre l’Urss.

Dans les jours qui suivent son installation de Chancelier63 l’incendie du Reichstag et la dissolution du Parlement provoquent la dictature établie par décrets-lois. Hitler a les pleins pouvoirs, chef absolu de l’armée et du pays. Le parti communiste est interdit. Premières condamnations à mort. Création du camp de concentration de Dachau.

Le 14 octobre 1933, l’Allemagne quitte définitivement la conférence du désarmement, et une semaine après, la Société des Nations. L'admission de l'U.R.S.S. (1934) ne compense pas ce départ. L’Occident sait maintenant que l’Allemagne ne tiendra aucun compte des décisions de la S.D.N.

Le déclin de la S.D.N s'amorce avec le début des années 30. La Conférence du désarmement (1932-1934) échoue. En 1933, le Japon, avait impunément envahi la Mandchourie (1931), En avril 1935, la conférence de Stresa est la dernière tentative internationale de faire reconnaitre le traité de Versailles, mais si les démocraties ont un temps l'impression d'avoir ramené dans leur camp l'Italie de Mussolini, elles savent désormais que l'Allemagne de Hitler ne tient plus aucun compte de la S.D.N. ; de plus, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie affirment qu'elles s'opposeront par tous les moyens au danger représenté, selon elles, par l'Union soviétique, ce qui constitue un revirement diplomatique incohérent de la France et de la Grande-Bretagne. Enfin, la France laisse entendre à l'Italie qu'elle n'interviendra pas contre elle en Éthiopie. Ainsi, la conférence de Stresa non seulement échoue à freiner les ambitions du Duce en Éthiopie, mais l'encourage plutôt à l'action.

L’armée change de nom : de Reichswehr64, elle devient la Wehrmacht, tous les soldats doivent jurer fidélité à son chef suprême,  Hitler. Réarmement aérien et naval à la suite de l’accord anglo-allemand de 1935. La Grande-Bretagne avait accepté, dans un accord séparé, et même admis la reconstruction de la flotte allemande avec, une flotte sous marine aussi importante que la sienne. Son allié français n’avait pas été invité à cette négociation. Hitler avait illégalement et secrètement reconstitué son aviation militaire, devenue en 1935 aussi forte que celle de la Grande-Bretagne.

 Les trois années de travaux de sape, de préparatifs secrets sont maintenant révolues. Hitler se sent assez fort pour lancer son premier défi public.

« Le 9 mars 1935, il annonce officiellement la constitution d’une aviation militaire allemande, et le 16 mars, il déclare que le principe fondateur de l’armée sera désormais le service national obligatoire.65 ». Les lois racistes de Nuremberg sont votées. Dénonciation par l’Allemagne de toutes les clauses du traité de Versailles. La conférence de Stresa66 est un échec. Axe Berlin-Rome, et pacte antikomintern. Hitler, prenant prétexte de la signature du traité franco-soviétique de 1935, mit fin aux accords de Locarno67. La Sarre est réoccupée à la suite du plébiscite du 13 janvier 1935 qui dégagera une énorme majorité (90,8%) en faveur du rattachement à l'Allemagne.

7 mars 1936, prenant prétexte du vote de la Chambre des députés, qui autorisait le Président de la République à ratifier le pacte d’assistance franco-soviétique, Hitler réoccupe la rive gauche du Rhin …. L’Allemagne déclare qu’elle cesse de se tenir liée par les clauses du traité, et les troupes allemandes franchissent le Rhin… c’est un évènement grave qui place les gouvernements devant un sérieux problème : subir ou réagir consécutifs à l’absence de réactions significatives de la France, elle-même freinée par l’attitude de la diplomatie anglaise. Celle-ci refusa de participer à une intervention armée franco-anglaise pour faire respecter les clauses du traité de Versailles.

68La diplomatie française et britannique va être marquée par l’ambivalence : faut-il accepter les offres insistantes de l’URSS en matière de sécurité collective que présente le commissaire aux affaires étrangères Litvinov à la Société des Nations à Genève ? Faut-il au contraire encourager le « Drang nach Osten » du Chancelier nazi, en espérant qu’il s’attaque aux soviets et qu’ainsi les uns et les autres s’épuisent ?

69« La France est dans une situation de crise multiforme : par ses faiblesses elle n’a pas les moyens d’une politique de force. Elle ne veut pas prendre le risque d’un nouveau conflit : le poids du pacifisme et de la mémoire de la Grande Guerre est important. Il y eut un pacifisme humaniste, mais aussi un pacifisme par solidarité idéologique avec les régimes fascistes. La France éprouve des sentiments d’infériorité ».

L’impréparation militaire relève au premier chef de la persistance d’une conception purement défensive. Elle est imposée par le conseil supérieur de la guerre dont le vice-président (le Président est le chef de l’Etat) apparaît comme le principal inspirateur de la stratégie française. De 1920 à 1931, ce poste est occupé par le Maréchal Pétain, puis de 1931 – 1935 par le général Weygand, enfin par le général Gamelin.

Fragilité encore que la profonde indécision des Français sur le plan moral. Les cicatrices laissées par les luttes des années trente, celle de la guerre civile larvée de l’époque du Front Populaire restent profondes. En effet, la gauche accuse ses adversaires d’avoir partie liée avec le fascisme et de l’extrême droite, rejette toute union nationale avec la gauche pour faire face à Hitler. Ainsi, comment mener une politique étrangère claire quand l’opinion se divise entre antifascistes et anticommunistes ? Il y a bien sûr une majorité silencieuse, issue des nationalistes de la Grande Guerre, mais son défaut est précisément d’être silencieuse.

Hitler est ainsi à nouveau soutenu par l’opinion allemande, et est encouragé par le succès de ses méthodes diplomatiques.



LE JEU DU POKER – MENTEUR70

L’année 1936 est caractérisée par l’organisation des Jeux olympiques à Berlin. À part la « déconvenue » d’Hitler par la victoire du noir Owen sur 100 mètres, l’Allemagne se présente au monde sous ses meilleurs jours : ordre, discipline, les usines tournent à plein rendement, constructions d’autoroutes, pas de chômage, même la propagande antisémite est mise en veilleuse, pour ne pas effrayer les visiteurs. Le traité de Versailles ne fait plus « la une » des journaux et semble oublié, il en est de même du paiement des réparations. La Rhénanie et la Sarre sont de retour dans le giron de l’Allemagne ancienne, malgré l’opposition de la France. L’espace vital allemand est à nouveau un élément substantiel des quotidiens des émissions des radios.

Cet « ordre » impressionne certains visiteurs étrangers, partisans d’une organisation nouvelle de la Société, ainsi que par les nombreux défilés et parades des militaires et paramilitaires qui sont offerts au public.

Le III Reich déclara, en 1935, « qu’il constituait un bouclier contre le bolchévisme, et qui ne pouvait être question pour lui de collaborer avec la Russie.71 »

L’opinion occidentale était perplexe. En France même, l’anticommunisme prenait de plus en plus de force, car le parti communiste obtint 72 sièges et la S.F.I.O. 147.72 Le Front populaire dirigeait le pays avec son chef, Léon Blum, juif. Le poids électoral de l’extrême droite est devenu relativement important, et lorgnait vers l’ordre nazi. L’antisémitisme hitlérien leur convenait bien.73 Un slogan de cette époque insinuait « il vaut mieux être brun que rouge », cette opinion était en partie partagée par un nombre indéterminable d’autres Français. Ces derniers ne partageaient pas la théorie nazie, mais étaient séduits par l’anticommunisme hitlérien, clamé et répété avec une vigueur toujours plus convaincante. La multitude n’avait pas d’opinion bien précise et profitait des nouvelles dispositions législatives sociales en partant pour les congés payés.

Les mêmes réflexions avaient aussi cours dans d’autres pays. Le Duce avait bénéficié d’un à-priori favorable en France, car « les trains arrivaient à l’heure », les troupes fascistes de Franco, secondées par Hitler et l’Italie progressaient en Espagne.

La France, sous le régime du Front Populaire, était officiellement absente de ce conflit. Les pays balkaniques étaient presque tous régis par des dictatures d’extrême droite. L’Angleterre était soumise au pacifisme de Chamberlain, anticommuniste convaincu, qui cachait mal sa sympathie pour l’Allemagne. Les  États-Unis se réfugiaient dans leur « splendide isolement ». L’opinion générale était favorable à lutter contre le communisme russe, et faisait discrètement sienne,  avec retenue et réserve, les déclarations d’Hitler, quitte à négliger le danger le plus important de tous, l’expansionnisme allemand qui de ce fait progressait.

Sous le couvert de l’égide contre le bolchevisme, on jouait la fable de La Fontaine, le Corbeau et le Renard. Le Poker–Menteur moderne ! La lutte contre le bolchevisme était « le fromage du corbeau, mais c’était le renard gagna.» Les divers opposants à Hitler, bien que muselés, savaient à quoi s’en tenir, et n’étaient pas dupes. Le Livre Jaune Français74 relate dans sa préface, sous le titre « Paroles d’Honneur », le texte de l’accord austro-allemand du 11 juillet 1936. « Dans la conviction d’apporter une précieuse contribution à l’évolution générale de l’Europe en vue du maintien de la paix, et dans la certitude de servir ainsi aux mieux les multiples intérêts des deux États allemands, les gouvernements allemands et l’État fédéral d’Autriche ont résolu de rendre à leurs relations un caractère normal et amical. Ils déclarèrent, à cette occasion : dans l’esprit des déclarations faites le 21 mai 1935 par le Führer et Chancelier du Reich, le gouvernement du Reich reconnait la complète souveraineté de l’État d’Autriche… aucune atteinte n’est portée de ce fait aux protocoles de Rome de 1934 ».

75Les Etats - Unis sont paralysés par leur isolationnisme. En 1937, le Congrès vote des lois de neutralité qui disposent, que pour éviter aux États-Unis d’être entrainés malgré eux dans un conflit en cas de guerre, qu’ ils suspendront les relations commerciales avec les belligérants ; les navires de commerce américains ne se risqueront pas vers l’Europe, pour éviter la réédition des torpillages qui avaient entrainé, en 1917, le Président Wilson dans la Première Guerre mondiale. Hitler a donc les coudées franches.

Les évènements de 1938 ont marqué le point culminant des pressions pour unifier les populations allemandes et autrichiennes au sein d’une même nation. Dans les années qui précédèrent l’Anschluss,76 l’Allemagne avait soutenu le parti nazi autrichien dans sa tentative de conquérir le pouvoir et de doter l’Autriche d’un gouvernement à sa botte. Le parti nazi autrichien organisa un coup d’État, planifié de longue date, et le 11 mars 1938, les troupes de la Wehrmacht, sans aucune mobilisation, même partielle, entrèrent en Autriche pour soutenir l’annexion, et sans rencontrer la moindre opposition. Les lois allemandes étaient immédiatement appliquées. Au cours du mois suivant, les nazis organisèrent un plébiscite, demandant au peuple de ratifier le rattachement de l’Autriche au Reich, qui, de facto, avait déjà eu lieu : 99,73 % des votes furent favorables à l'annexion.

Le 15 mars 193877 le cardinal INNITZER d’Autriche fait pavoiser tous les édifices de l’Autriche de la croix gammée. L’épiscopat autrichien célébra l’Anschluss et Hitler… L’allégresse sans artifice d’Innitzer, criant Heil Hitler à toute occasion, livrant au Führer l’Autriche nazifiée à un rythme hallucinant est connue : appel aux fidèles du 14 mars à prier Dieu pour le remercier de ce que notre bouleversement politique se soit accompli sans effusion de sang et à l’implorer pour un avènement heureux de l’Autriche. Il va de soi que toutes les prescriptions des autorités doivent être suivies de bon cœur…. « Le jour du plébiscite sera pour nous, évêques, un devoir national de nous déclarer, en tant qu’Allemands, partisans du Reich allemand, et nous attendons aussi des fidèles qu’ils manifestent la conscience de leur dette à leur race ».

L'Anschluss ne suscita que peu de protestations de la France ou du Royaume-Uni, protestations qui furent d'ailleurs uniquement diplomatiques et n'eurent aucun effet. C’est la deuxième étape de la reconquête de l’espace vital allemand.78 Le pacifisme ambiant conduisit à éviter tout risque de guerre, l’anticommunisme menant par ailleurs à préférer un accordement avec le Reich plutôt qu’avec l’Urss.

La troisième étape de cette reconquête s’est jouée au cours de la conférence de Munich du 29 septembre 1938. Hitler prononça le 26 septembre 1938 le discours suivant au Palais des Sports de Berlin79 : « Et maintenant nous avons devant nous le dernier problème [Tchèque] qui doit être résolu et qui sera résolu. C’est la dernière revendication territoriale que j’ai à formuler en Europe, mais c’est une revendication dont je ne m’écarterai pas et que je réaliserai, s’il plait à Dieu. Je suis reconnaissant à M.Chamberlin80 de tous ses efforts. Je l’ai assuré que le peuple allemand ne veut rien d’autre que la paix…. Il n’y a plus pour l’Allemagne en Europe de problème territorial. »81 Mais Hitler exposa un peu avant ses dessins aux chefs des forces armées. » Il fallait à l’Allemagne un plus grand « espace vital ». C’est en Europe orientale, en Pologne, en Russie blanche, en Ukraine que cet espace pouvait le plus facilement se trouver »

Auparavant82, le 12 mars 1938. M.GOERING83 s’est entretenu avec le ministre de Tchécoslovaquie. «  Il a assuré que l’Allemagne n’avait aucune mauvaise intention à l’égard de la Tchécoslovaquie, que celle-ci n’avait donc rien à craindre du Reich et qu’il lui donnait sa parole d’honneur. […] et qu’il ne parle non seulement en son nom, mais aussi au nom de Hitler. Il a manifesté l’espoir que la Tchécoslovaquie ne mobiliserait pas. »

La conférence eut lieu le 29 septembre 1938 à Münich entre Mrs. Hitler et Mussolini d’une part, et M. Chamberlain, M. Daladier et Bonnet84 d’autre part. Ni l’URSS, ni la Tchécoslovaquie ne furent invitées. L’URSS a été ignorée, alors qu’elle pouvait participer à la défense de la Tchécoslovaquie, compte tenu des accords antérieurs. Malgré ses protestations, elle n’a pas su vaincre l’anticommunisme des dirigeants britanniques85. Le résultat in fine fut le démembrement de l’ensemble de ce pays. Pour la première fois, Hitler annexait un territoire où l’on parlait slave.86Le lendemain de Munich, la Pologne cependant menacée par les visées d’Hitler, estima n’avoir rien de plus pressé que de prendre part au dépècement de la Tchécoslovaquie au lieu d’opposer un barrage à l’expansion germanique. Ce n'est qu'à la suite des accords, qu'à la fin de1938, Hitler remit brutalement sur le tapis la question du corridor de Dantzig et de Memel. Ces deux territoires87 furent annexés en mars 1939 l’étape suivante de « l’espace vital allemand » fut ainsi accomplie.

La France avait un traité d'alliance avec la Tchécoslovaquie, mais elle n'était pas prête pour la guerre. La France de Daladier est à la veille d'élections, situation peu favorable à une opération militaire d'envergure, et elle ne souhaite pas entrer en guerre sans le Royaume-Uni. La France abandonne donc son protégé avec lequel elle avait pourtant passé des accords pour garantir ses frontières. En France, ces méconnaissances des accords font consensus. La majorité des hommes politiques sont « munichois ».

88 « A partir de ce moment (crise Thèque), l’Action française combattit à l’avant-garde d’une offensive concertée en vue de dégager la France par rapport à Prague, faisant ressortir qu’il n’existait pas des liens entrainant l’appui de la France au cas où les Tchèques se trouveraient attaqués par quelque puissance étrangère, et que les intérêts français souffriraient sûrement au cas où la France s’engagerait dans une bagarre fâcheuse en Europe centrale. La faiblesse et le manque d’unité ethnique d’un pays beaucoup trop proche des communistes étaient depuis longtemps autant de faits établis pour la presse de droite. A présent l’attaque s’engagerait contre les vilains ogres fauteurs de guerre qui ne voulaient pas cesser d’opprimer leurs minorités. Les Français doivent-ils mourir pour le «89 frère Benès ?»

90La prise de conscience par les dirigeants français des faiblesses structurelles de la France les conduit au raisonnement suivant, à savoir celui d’une nécessité d’une politique extérieure réaliste adaptée à la puissance et aux possibilités réelles du pays, même au prix très élevé de l’abandon de toute initiative de la part de la France d’autant plus que la politique «  appeasement » Britannique restreint la liberté d’action française. Symbole de la politique de capitulation est la conférence de Munich qui marqua le succès de la ligne diplomatique de l’apeasement initié par la Grande-Bretagne de Chamberlain et « suivi » sans trop de résistance par la France, qui n’est pas cependant dupe de sa fragilité.

L’alliance franco-anglaise a constamment fonctionné sur un pied d’inégalité. On connait l’amère boutade de Daladier : » pourquoi la Grande-Bretagne fait-elle les frais d’une ambassade à Paris ? Elle en a une qui ne lui coûte rien : au Quai d’Orsay ».

La France va rapidement mener un double jeu et ce à cause des limites de l’entente britannique. Londres n’interviendrait en effet aux côtés de la France que dans le cas d’une agression non provoquée contre cette dernière, pas si c’est elle qui prend l’initiative d’entrer en guerre pour honorer ses propres engagements. Ceci revient à accepter à l’avance que soient faites des concessions à Hitler, autrement dit que soit amputé le territoire de la Tchécoslovaquie. Lorque’en juillet 1938, le représentant de la Tchécoslovaquie à Paris rencontre Mr. Bonnet, Ministre des Affaires étrangères, chantre de l’apeasement, celui-ci indique clairement la voie choisie par la diplomatie française : « le gouvernement tchécoslovaque doit connaître clairement notre position, la France ne fera pas la guerre pour l’affaire des Sudètes » La France n’a aucune revendication territoriale, et se sent, assez égoïstement, peu concerné par ce problème.

Les pacifistes de son cabinet (de Daladier) sont Bonnet, Marchandeau et Guy la Chambre. Après Munich, pendant le débat sur la politique étrangère du gouvernement français, 515 députés approuvent la décision gouvernementale.

Le divorce entre munichois et antimunichois recouvrait bien autre chose qu’un affrontement entre pacifistes et bellicistes ; l’accueil fait à Daladier à son retour montrait qu’une partie importante des Français n’était pas prête moralement à l’épreuve de la guerre. 91

Léon Blum, lui, est partagé entre « un lâche soulagement et la honte ». Winston Churchill avait déclaré, après la rencontre de Münich : « Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre.92.

Hitler était parvenu à résoudre les deux aspects d’un même problème : d’une part l’agrandissement de l’espace vital de l’Allemagne, mais ce qui va être plus important encore, le rapprochement géographique de ses forces militaires avec celles de l’U.R.S.S. « C’est ainsi que Hitler devint finalement le maitre incontesté de l’Allemagne, et la voie fut libre pour la réalisation du grand dessein » 93

En novembre 1938 eut lieu « La Nuit de Cristal »94, trois semaines après cet évènement, l’Ambassadeur d’Allemagne, M. Ribbentrop, était reçu à Paris.





APRES MUNICH JUSQU'AU PACTE GERMANO-SOVIETIQUE

L’historien qui étudie les phases du déroulement des évènements pendant la période observée,70 ans après leurs survenances, est étonné, au mieux, de la lenteur de prise de conscience des intentions véritables de Hitler, au pire, de la concordance, sans parler de connivence, de certains gouvernants avec les projets d’Hitler. Les politiques des gouvernants anglo-français sont divisés, les uns prônent l’apaisement, les autres la détermination. Pourtant, de toute évidence, le danger d’une guerre est très proche.

95S.Haffer écrit: «La Pologne située depuis toujours entre l’Allemagne et la Russie constituait un obstacle pour Hitler. Comment mener une guerre contre la Russie sans établir d’abord une frontière stratégique commune entre le Reich et l’URSS ? Autrement dit, Hitler recherchait une alliance avec la Pologne pour son projet d’attaque contre la Russie. » La Pologne s’y refusa96. Le 17 mars 1938 le gouvernement soviétique proposa la réunion d’une conférence internationale chargée d’étudier des mesures contre le développement de l’agression et le danger d’un nouveau carnage mondial. Cette proposition fut repoussée par Londres, car la Pologne ne voulait pas voir des troupes russes sur son territoire. La méfiance des Soviétiques grandissait, inquiets de voir les démocraties conclure un nouveau Munich aux dépens des Polonais. Ce refus fit changer d’avis Hitler. « Si la Pologne refusait cette alliance avec l’Allemagne, eh bien, on en ferait un pays vaincu et occupé, servant au rassemblement des troupes en marche vers l’URSS. »

En mars 1939, l’Angleterre garantit les frontières polonaises après le refus de la Pologne de conclure l’alliance proposée par Hitler, dans la perspective d’un conflit avec la Russie.

Hitler a exprimé ces mots adressés au délégué de la S.D.N. le 11 août 1939 : « Tout ce que j’entreprends est dirigé contre la Russie. Si l’Ouest est trop stupide ou trop aveugle pour comprendre cela, je me verrai obligé de m’entendre avec les Russes, de battre les pays occidentaux et, après leur défaite, de me retourner avec toutes mes forces rassemblées contre l’Union soviétique ».

Et pourtant, des pourparlers avec Hitler continuent. Nous allons reproduire des extraits du 97« LIVRE JAUNE FRANCAIS » document officiel qui constitue un recueil des principaux documents qui marquent et éclairent l’action de la diplomatie française, du 29 septembre 1938, date des accords de Munich, au 3 septembre 1939, jour où, en exécution de leurs engagements d’assistance, la France et la Grande-Bretagne se déclarèrent en état de guerre avec l’Allemagne.

Page 1, préface : Le discours prononcé le 28 avril [1939] par M. Hitler au Reichstag écarte les voiles et désigne nettement la Pologne comme prochaine victime de l’impérialisme germanique.

Page 19 : 98Mr. François Poncet à M. Bonnet, 4 octobre 1938 : à cet égard, la conférence de Munich doit être pour nous un avertissement… Il est nécessaire que, tout en affirmant leur volonté de paix et en ne négligeant aucun moyen d’entente avec les États totalitaires, elles éliminent les causes de faiblesses intérieures, qu’elles comblent au plus vite les lacunes de leur armement.

Page 23, le 19 octobre 1938, M. François Poncet à M. Bonnet : M. Hitler accepterait de signer un accord par lequel la France et l’Allemagne reconnaitraient réciproquement leurs frontières et exprimeraient leur volonté de ne pas y porter atteinte, mais (Page 29) :… mais on peut être sûr, le Führer reste fidèle à ses préoccupations de disjoindre le bloc franco-anglais et de stabiliser la paix à l’Ouest pour avoir la main libre à l’Est.

Page 33, le 23 novembre 1938, 99 M. Coulondre à M. Bonnet : J’ai remis mes lettres de créance… Ces relations, m’a dit le Führer, je désire qu’elles soient pacifiques et bonnes, et je n’aperçois pas de raisons pour qu’elles ne le soient pas. Il n’y a aucun motif de conflit entre l’Allemagne et la France

Page 38, le 6 décembre 1938, à la suite de la visite de100 M. Ribbentrop le gouvernement français et le gouvernement allemand partagent pleinement la conviction que des relations pacifiques et de bons voisinages entre la France et l’Allemagne constituent l’un des éléments essentiels de la consolidation de la situation en Europe et du maintien de la paix en général…

Page 44 M. Coulondre, le 15 décembre 1938 «  constate que le désir de bons rapports avec la France est général en Allemagne, mais qu’il a pour corolaire une volonté très nette d’expansion vers l’Est. Il semble que M. Hitler veuille se rendre maitre de l’Europe centrale en vassalisant la Tchécoslovaquie et la Hongrie, et en créant la Grande Ukraine sous l’hégémonie allemande. »


Page 73, M.Coulombre, le 16 mars 1939 « L’Ambassadeur de France à Berlin trouve dans les circonstances qui ont abouti à la Tchécoslovaquie les éléments caractéristiques de la mentalité hitlérienne ; cynisme et perfidie dans la conception, secret dans la préparation, brutalité dans l’exécution. L’enseignement à en tirer, ce que la soif de domination de M. Hitler est sans limites et qu’il serait vain de prétendre lui opposer avec succès d’autre argument que celui de la force »

Nicolas Werth, page 300 : «  le 17 mars 1939, le gouvernement soviétique proposa la réunion d’une conférence internationale chargée d’étudier les mesures contre le développement de l’agression et le danger d’un nouveau carnage mondial. Cette proposition fut repoussée par Londres »

Page 80 M.Coulombre, le 19 mars 1939 «  … Plus qu’une nouvelle progression de l’influence allemande en direction de l’Est, ce sont les méthodes et les modalités inqualifiables auxquelles le Reich a eu recours qui marquent la rupture avec la politique de détente inaugurée à Munich… »

101La France de 1914 à 1940, « Au mois de novembre 1938, les gouvernements anglais et français multiplient les gestes de détente… Ainsi, 102Lord Halifax est reçu par Hitler, et 103Chautemps accueille secrètement von Papen à son domicile parisien.

104 Hermann Rauschning, « [Hitler]… « Je suis prêt à parapher et à signer tout ce que l’on voudra. Je ferai toutes les concessions pour rester libre de poursuivre ma politique. Je garantirai toutes les frontières, je conclurai tous les pactes de non-agression et les pactes d’amitié que l’on me demandera. » Page 155 « Peut-être ne pourrai-je pas éviter l’alliance avec la Russie. Mais je garde cette possibilité comme mon dernier atout. Ce coup de poker sera peut-être l’acte décisif de ma vie »

LE PACTE GERMANO SOVIETIQUE AOÛT 1939

105 Henri Kissinger :« Un nouvel accord franco-soviétique fut signé en 1935 par 106 M. Laval». Avant la Première Guerre mondiale, la France avait ardemment recherché une alliance avec la Russie et déployé tous ses efforts pour transformer ensuite l’entente politique en pacte militaire. En 1935, elle se trouvait dans une situation infiniment plus précaire du point de vu stratégique [qu’en 1914] et avait un besoin presque désespéré du soutien soviétique. Néanmoins, c’est à contrecœur qu’elle (la France) conclut une alliance politique avec l’URSS, tout en rejetant catégoriquement la possibilité de conversations entre les états-majors. En 1937 encore, la France refusa la présence d’observateurs soviétiques à ses grandes manœuvres annuelles ».

Les occidentaux se décident enfin d’envoyer une mission militaire à Moscou. Par bateau ! Elles ne seront à Leningrad que le 10 août (1939), les pourparlers débutent le 13.

C’est délibérément que Londres et Paris ont fait trainer les pourparlers de Moscou ; c’est très consciemment qu’ils ont utilisé le refus de la Pologne d’être aidée par l’armée rouge contre l’Allemagne nazie, ceci pour empêcher la signature d’un accord militaire avec Moscou. Mais on n’avait jamais été aussi près de l’authenticité d’une relation militaro-diplomatique. Il ressort du rapport de Doumenc107 que l’URSS a effectivement fait des propositions très complètes (dispositif et état des forces mises en ligne sur différents fronts en cas d’agression hitlérienne, occupation commune par les Anglos-franco-soviétiques de positions en Baltique).

Le 17 mars 1938 le gouvernement soviétique proposa la réunion d’une conférence internationale chargée d’étudier des mesures contre le développement de l’agression et le danger d’un nouveau carnage mondial. Cette proposition fut repoussée par Londres.

108Nicolas Werth,. L’affaire tchécoslovaque fit perdre aux Soviétiques leurs dernières illusions quant à l’efficacité de la politique de sécurité collective. Les Français et Anglais doutaient des capacités de l’Armée rouge en pleine épuration et ne voyaient pas comment elles interviendraient puisque la Roumanie et la Pologne refusaient le passage des troupes russes. L’URRSS aurait sans doute accepté de participer à une conférence internationale, mais elle ne fut même pas associée aux accords de Munich. (30 sept.1938). L’accord de non-agression signé le 6 décembre 1938 par G. Bonnet et Ribbentrop fut interprété à Moscou comme carte blanche à Hitler à l’Est.

Les pourparlers secrets de l’Angleterre

Les discussions entre les alliés d’une part, et l’Union soviétique sont éclairées d’un tout autre pont de vu par Roger Maria109. Ce journaliste relate à maintes reprises les arguments avancés par l’Union soviétique. Son éditeur indique «  que Roger Maria doit être considéré comme une contribution critique à l’analyse du Pacte germano-soviétique, qui reste une des questions les plus controversées de l’Histoire…évènements sur lesquels on peut comprendre qu’une évaluation unanime ne peut-être acquise »

Son argumentation se base, grosso modo, sur les intentions du Royaume-Uni de cette époque de changer à son profit l’équilibre des forces en Europe. Il écrit : 110 L’Angleterre avait inscrit dans son programme de paix la destruction des traités et le bouleversement de la nouvelle carte européenne. Elle n’avait qu’un objectif : rétablir « l’équilibre des forces » en Europe, renversé par la victoire des Alliés, en favorisant le redressement économique, politique et même militaire de l’Allemagne. Lord Lothian111 l’avait expliqué dans le Times du 9 mai 1934 «  L’Europe est en train de passer à un système où la stabilité serait désormais réalisée par un nouvel équilibre « exact » des forces entre les groupes français et allemand. Aussi, l’Angleterre ne doit surement pas aider à maintenir la suprématie française et ne pas être davantage dans le jeu de l’équilibre des forces européennes. Le pacte de Locarno et le plan Daves furent les étapes capitales de cette politique.

Le pacifisme de Chamberlain se traduisit par une orientation délibérée : rechercher le rapprochement, voire une détente, avec l’Allemagne et détourner la politique d’agression hitlérienne vers une Union soviétique isolée. Chamberlain n’était que le porte-parole et l’instrument de ce qu’il y avait le plus borné et le plus fanatiquement antisoviétique dans la sphère réactionnaire britannique, de sir Samuel Hoare112 à sir John Simon, en passant par lady Astor et sir Horace Wilson113. Au moment où s’ouvrent les négociations de Moscou, Londres engage des discussions à Berlin. Bien que tenue secrète, leur existence n’en est pas moins connue des grandes chancelleries. Côté anglais, Horace Wilson, côté allemand, Dirksen, ambassadeur du Reich à Londres. Le but de ces discussions est de donner à l’Angleterre l’opportunité de se défaire de leurs engagements vis-à-vis de la Pologne. (Bernard Frederick)

Le 16 août 1939, à Berlin, le Baron Ropp, chef des forces aériennes anglaises, rencontre Rippentrop et lui déclare : « ce serait une absurdité pour l’Allemagne et l’Angleterre de s’engager dans une lutte à mort à cause de la Pologne. Le résultat ne peut être qu’une destruction réciproque des forces aériennes, tandis que la Russie, avec ses forces intactes, resterait le seul pays placé dans une situation favorable ».

La théorie des mains libres pour l’Allemagne en Europe centrale et orientale est la méthode qui demeurera la base des négociations entre Londres et Berlin pour la conclusion d’une alliance.114

Lord Halifax était pénétré de l’idée que115« le Führer avait réalisé beaucoup de choses, et pas seulement en Allemagne, puisqu’en détruisant dans son pays le communisme » il avait « barré la route à ce dernier le chemin de l’Europe occidentale, et que, pour cette raison, l’Allemagne pouvait être, à bon droit considérée comme le bastion de l’Ouest contre le bolchévisme »

Dans son journal, le ministre des Affaires étrangères des Etats-Unis, Harold Ickes, affirme que « l’Angleterre caressait l’espoir de provoquer un affrontement entre la Russie et l’Allemagne pour ne pas se compromettre elle-même ».

Si l’Angleterre tenait tellement à prévenir par la négociation les actes de violence d’Hitler, ce n’était pas pour l’empêcher de parvenir à ses fins, mais pour 116« participer à un règlement raisonnable qui apporterait au Reich exactement les mêmes avantages que l’emploi de la force. Car autrement, le Reich réaliserait tout seul, par ses propres moyens, son programme expansionniste sans que l’Angleterre eût l’occasion d’en tirer profit pour sa politique d’entente avec l’Allemagne ».

Rudolf Hess partit seul Le 10 mai 1941 avec un avion Messerschmitt pour l'Écosse, espérant convaincre les Anglais de conclure une alliance contre l'URSS117.Ce fut un échec. ( pour mémoire, la campagne militaire contre l’URSS commença 6 semaines après).

Le recul et le repli des États non agresseurs118, l’Angleterre, la France et les Etats-Unis sont sans aucune tentative de résistance… « La politique de non-intervention revenait à encourager l’agression, donner libre cours à la guerre, la volonté, le désir de ne pas gêner les agresseurs dans leur noire besogne, de ne pas empêcher le Japon de s’empêtrer dans une guerre avec la Chine et avec l’URSS. »

Ces paroles étaient adressées aux Anglais… si elle croyait qu’elle pouvait se servir impunément de l’Allemagne nazie pour la réalisation de ses projets antisoviétiques, elle se trompait. La Russie ne le permettrait pas. Ce qui voulait dire qu’elle serait prête, le cas échéant, de se rapprocher de l’Allemagne. L’Angleterre n’a pas voulu l’alliance avec les Soviets, ayant préféré courir après l’alliance avec le Reich, et parce qu’ Hitler avait mieux compris le sens des paroles de Staline et a su profiter de l’échec des efforts déployés par la diplomatie soviétique pour parvenir à une alliance avec les puissances occidentales.

Hitler avait cherché un rapprochement avec Moscou pour les mêmes raisons qui amenaient Chamberlain à le redouter, parce que les Soviétiques étaient fermement décidées à se battre contre l’Allemagne. Et s’il parvint finalement à mettre sa main dans celle de Staline, c’est parce que celle-ci avait été repoussée par Chamberlain. En se tournant vers Berlin, les Soviétiques visaient sans doute aussi à faire échec aux conversations anglo-allemandes, et d’une façon générale, à la politique britannique de rapprochement avec le Reich.

Munich avait confirmé tous les soupçons et justifié la méfiance des Soviétiques à l’égard des puissances occidentales, en particulier à l’égard de l’Angleterre, qui avait été l’élément moteur dans toute l’opération. Il montrait que Chamberlain n’hésiterait pas à pousser jusqu’à l’extrême conséquence sa politique, qui consistait à écarter la menace allemande de l’Europe occidentale en la dirigeant vers l’Est, en laissant à l’Allemande pleine liberté d’action de ce côté ; autant dire : en poussant le Reich à la guerre contre l’URSS.

Le danger, c’était de voir Chamberlain s’acharner- comme lors de la crise tchécoslovaque- à sauver la paix – à la munichoise - en faisant du sacrifice « pacifique » de la Pologne l’objet d’un nouveau marchandage anglo-allemand qui ouvrirait pratiquement au Reich la voie de la domination mondiale, laquelle comporterait en priorité, le moment venu, l’attaque majeure contre l’URSS, alors complètement isolé et sans alliés.

En corolaire, le 23 mai 1939, HITLER disait à ses généraux119 : « ma seule crainte, c’est qu’à la dernière minute, un « Schweinehund 120 » quelconque ne sorte un plan de médiation ». Quant à Staline, il a œuvré, délibérément au déclenchement de la guerre. Raisonnant en termes stratégiques, il dit le 19 août 1939 devant le Politbureau : « Si nous signons avec la France et la Grande-Bretagne un pacte d’assistance mutuel, l’Allemagne renoncera certainement à la Pologne et cherchera un modus vivendi avec les puissances occidentales. La guerre sera repoussée, mais par la suite, les évènements pourront prendre un tour dangereux pour l’Urss. Si nous acceptons la proposition faite par l’Allemagne de conclure avec elle un pacte de non-agression, elle attaquera évidement la Pologne, ce qui rendra inévitable l’intervention de la France et de la Grande-Bretagne. L’Europe occidentale sera alors victimes de troubles et de désordres graves. Dans ces conditions, nous aurons de grandes chances de rester à l’écart du conflit, et nous pouvons espérer entre en guerre lorsque ce sera avantageux pour nous. »121

Les justifications formulées par les historiens et propagandistes soviétiques ont été de six sortes :

Les Anglo-français n’avaient pas convié l’Urss à la conférence de Munich en septembre 1938, et ils avaient sacrifié la Tchécoslovaque.

En 1939, ils faisaient traîner les pourparlers militaires.

La Pologne refusait le passage de troupes soviétiques sur son territoire.

L’Union soviétique risquait d’avoir à se défendre sur deux fronts, l’Allemagne et le Japon.

Les services soviétiques avaient eu vent des conversations économiques secrètes anglo-allemandes.

En signant le pacte, Staline gagnait du temps.

Comme le dit Churchill122 dans ses mémoires, « pour les Russes, le problème séculaire de la Pologne, tant au point de vu de la stratégie que de la politique se posait tout autrement que celui de la Tchécoslovaquie. » L’URSS ne pouvait pas laisser à l’Allemagne « résoudre » à sa manière la crise polonaise. Si elle avait cherché, avec tant d’insistance l’alliance avec les puissances occidentales, c’était avant tout pour empêcher cette « solution » que l’Angleterre était prête à l’accepter

Et c’était pour cette même raison qu’elle s’était tournée vers Berlin, lorsque les puissances occidentales -et la Pologne elle-même - eurent refusé son concours. La Pologne avait prononcé, elle-même, sa propre condamnation.

Le « crime » de Staline, c’est en somme, d’avoir gagné de vitesse Chamberlain et déjoué ses dangereuses combinaisons, tellement contraires à la recherche d’une paix véritable, pour arrêter Hitler dans sa marche programmée à l’agression généralisée. Si Chamberlain avait eu son « Munich polonais», s’il avait réussi à conclure une bonne alliance avec l’Allemagne nazie, Hitler aurait gagné la partie.

LE PACTE GERMANO – SOVIETIQUE DU 23 AOUT 1939

La prise de conscience123 par les dirigeants français des faiblesses structurelles de la France les conduit au raisonnement suivant, à savoir celui d’une nécessité d’une politique extérieure réaliste adaptée à la puissance et aux possibilités réelles du pays, même au prix très élevé de l’abandon de toute initiative de la part de la France… d’autant plus que la politique «  appeasement » Britannique restreint la liberté d’action française. Symbole de la politique de capitulation de la conférence de Munich marque le succès de la ligne diplomatique de l’apeasement initié par la Grande-Bretagne de Chamberlain et « suivi » sans trop de résistance par la France, qui n’est pas cependant dupe de sa fragilité.

Dans le courant du mois de mai 1939, l’ambassadeur allemand à Moscou, Schulemberg, fut informé que son gouvernement, décidé à attaquer la Pologne, voulait entreprendre des négociations précises avec l’URSS….. Les Occidentaux faisaient trainer les discussions.

Mr. Coulandre, Ambassadeur de France à Berlin informe son Ministre, M.Bonnet, des renseignements obtenus par ses services :

Berlin, le 7 mai 1939124,

« Je me permets d’appeler spécialement l’attention de Votre Excellence sur les informations contenues dans le rapport ci-joint, la personnalité qui nous les a fournies étant particulièrement bien placée pour connaître les intentions du Führer et de ses principaux lieutenants. Le Führer s’entendra avec la Russie. Un jour viendra où il atteindra ses objectifs, sans que les alliés «  aient eu aucune raison ni même l’intention d’intervenir ». Peut-être verra-t-on un quatrième partage de la Pologne. »

De son côté, M.GARREAU,125 transmet les informations suivantes à son ministre :

« La presse allemande ne donne aucun renseignement sur les négociations germano-soviétiques en cours. Les milieux économiques de Hambourg croient néanmoins savoir que si un accord n’est pas prochainement conclu entre Londres, Paris et Moscou, le gouvernement soviétique serait prêt à signer avec  le Reich un pacte de non-agression de cinq années. »

Le gouvernement anglais n’est pas encore conscient, ou ne veut pas se résoudre à l’imminence du renversement de la politique allemande. Ainsi, le livre bleu anglais126 fait mention d’une communication de Lord Halifax127.

Devant la tension internationale croissante, le Vicomte Halifax128saisissait l’occasion d’un discours à Chatam House le 29 juin 1939 pour définir l’attitude et la politique de la Grande-Bretagne. Il expliquait les raisons des obligations de la Grande-Bretagne avaient contractées sur le continent européen. Il discutait les relations anglo-allemandes, affirmait que la Grande-Bretagne n’avait aucun désir d’isoler l’Allemagne, et que, si l’Allemagne le désirait, une politique de coopération pouvait être immédiatement adoptée.

Mémorandum du gouvernement allemand remis au gouvernement polonais le 28 avril 1939129.

« Le gouvernement allemand a pris note de la déclaration Polono-Britannique en ce qui concerne la poursuite et les buts des négociations qui ont été conduites récemment entre la Pologne et la Grande-Bretagne. Au terme de cette déclaration, il a été conclu entre les gouvernements polonais et britanniques une entente temporaire destinée à être remplacée sous peu par un accord permanent qui établira les liens d’assistance mutuelle, dans le cas ou l’indépendance de l’un des deux Etats serait directement ou indirectement menacée. (Accord conclu le 25 août 1939). »

LETTRE DU PREMIER MINISTRE AU CHANCELER ALLEMAND

10 DOWNING STREET LETTRE DU 22 AOUT 1939130

« Nous avons été, et nous serons en tout temps, disposés à prêter notre assistance à la création de conditions dans lesquelles pareilles négociations pourraient s’ouvrir où il serait possible de discuter concurremment des problèmes plus vastes, affectant l’avenir des relations internationales, y compris les questions qui nous intéressent, nous et vous. Signé : Neville CHAMBERLAIN »

Message communiqué à l’Ambassadeur de Sa Majesté à Berlin, le 31août 1939, à 9h15 du soir131

Le gouvernement de Sa Majesté s’est déclaré prêt, dans sa note du 28 août 1939 au gouvernement allemand à offrir sa médiation en vue de négociations directes en Allemagne et la Pologne sur des problèmes litigieux.

La lecture des dépêches ci-dessus du « livre bleu anglais » semble conforter les hypothèses du journaliste Roger Maria évoquées plus haut, ou bien, au contraire, l’invraisemblable naïveté anglaise devant la détermination allemande d’attaquer la Pologne et de faire fi des avertissements des occidentaux. A la « décharge » de Hitler, il est vrai que depuis son avènement en 1933, cette désinvolture lui a amplement réussi.

132Le Juif Litvinov, ministre des affaires étrangères de la Russie, était parti, et c’était là une concession majeure faite aux prétentions d’Hitler.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Molotov devient son successeur, tout en gardant son poste de chef du gouvernement de l'Union soviétique.

Au dernier congrès du parti, Staline avait vivement insisté sur les précautions à prendre pour que l’Union soviétique ne se trouve pas entrainée dans un conflit. Molotov (un non-Juif) est considéré comme étant «  le plus intime ami et collaborateur le plus précieux de Staline ». 

A partir du moment où Molotov devint commissaire du peuple aux Affaires étrangères, il poursuivit une politique d’accord avec l’Allemagne au détriment de la Pologne. Une dépêche remarquable de l’Ambassadeur de France à Berlin en date du 7 mai a été publiée dans le Livre jaune français.(page 153 du livre cité)

Le soir du 19 août (1939), Staline annonça au Politburo son intention de signer un pacte avec l’Allemagne. « (...) La question d’une collaboration militaire avec la France est dans l’air depuis quelques années, mais n’a jamais été réglée. L’an dernier, quand la Tchécoslovaquie était en train de périr, nous attendions un signe de la France, mais rien ne vint. Nos troupes étaient prêtes… »

Le même jour, Ribbentrop arrivait à Moscou

Le pacte germano-soviétique133, connu aussi sous le nom de pacte Ribbentrop-Molotov (du nom des deux ministres des Affaires étrangères qui ont négocié l'accord), était constitué de deux parties : un accord économique, signé le 19 août 1939, qui prévoyait que l'Allemagne échangerait des biens manufacturés contre des matières premières soviétiques, et un pacte de non-agression d'une durée de 10 ans, signé le 23 août 1939, dans lequel l'Allemagne nazie et l'Union Soviétique se promirent de ne pas s'attaquer mutuellement. Le pacte germano-soviétique permit à l’Allemagne d’attaquer la Pologne le 1er septembre 1939 sans crainte d’une intervention soviétique. Le pacte germano-soviétique avait valu à Staline deux ans de répit, et le traité de non-agression avec le Japon lui permit de jeter son armée Extrême Orient dans la bataille de Moscou, qui décida de l’issue de la guerre en sa faveur.

Le 3 septembre 1939, la Grande-Bretagne et la France qui s’étaient engagées à protéger les frontières de la Pologne déclarèrent la guerre à l’Allemagne. Ces évènements constituèrent le début de la Seconde Guerre mondiale.

134 La logique de l’État Major français l’amena à envisager en 1939-1940 de soutenir la Finlande contre l’Urss qui a attaqué son voisin le 30 septembre 1939, et de bombarder Bakou, signe que les priorités n’étaient pas clairement établies dans l’esprit des plus hauts responsables.

Le pacte de non-agression135 du 23 août contenait un protocole secret qui prévoyait la partition de la Pologne et du reste de l’Europe de l’Est en des zones d’intérêts soviétiques et allemandes. 136Or, les articles secrets sont la clé du pacte même, dit de non-agression : si les deux adversaires ont pu surmonter leur méfiance réciproque et mettre provisoirement de côté leur antagonisme idéologique, c’est grâce au butin qu’ils se jurèrent de partager après une agression menée de concert. Le pacte public de non-agression entre les deux parties reposait sur leur projet secret, d’agression d’un ou plusieurs tiers. L’essentiel, c’était « l’annexe »  Conformément à ce plan, l’armée soviétique occupa et annexa la Pologne orientale à en septembre 1939, trois semaines après l’invasion allemande. Le 30 novembre 1939, l’Union Soviétique attaqua la Finlande précipitant une guerre hivernale de 4 mois, à la suite de laquelle elle annexa les territoires frontaliers finlandais, en particulier à proximité de Leningrad137. Avec la bienveillance de l’Allemagne, l’Union Soviétique déplaça ses frontières au cours de l’été 1940 pour consolider sa zone d’intérêt en Europe de l’Est. Les Soviétiques occupèrent et annexèrent les États baltes.

Hitler considéra toujours le pacte de non-agression germano-soviétique comme une manœuvre temporaire tactique. 138 Le jour même de la venue de Molotov, il avait ordonné de poursuivre tous les préparatifs en vue d’une attaque contre l’Union soviétique…Dans son esprit, le seul point en suspens avait toujours été de savoir s’il attaquerait l’Union soviétique avant d’avoir vaincu la Grande-Bretagne ou après. La visite de Molotov avait réglé le problème. Le 18 décembre 1940, il signa la Directive 21 (du nom de code «Opération Barbarossa»), premier ordre opérationnel d’invasion de l’Union Soviétique. Lors de la préparation des opérations, les autorités militaires et policières allemandes envisagèrent une guerre d’anéantissement envers l’État communiste, ainsi qu’envers les Juifs de l’Union Soviétique, dont les autorités estimaient qu’ils représentaient le «fondement racial» de l’État soviétique.

Dans les premières semaines du pacte germano-soviétique, Berlin pria PXII139 de taire sa fureur, avant de lui laisser libre cours, lorsque l’URSS saisit sur le terrain les gages acquis le 23 août et remaniés le 28 septembre 1939. Ribbentrop aurait, le 11 mars 1940, essayé de persuader le Pape, fâché par « la faute impardonnable du Führer » son accord avec Staline, qu’après avoir réglé ses affaires à l’Ouest, l’Allemagne se retournerait contre les Russes. La promesse qu’il reçut avec satisfaction se précise après son voyage à Berlin, le 7 juillet 1940 de CIANO140 : la Curie fut prolixe sur l’intention d’Hitler de se retourner avec toutes ses forces contre l’URSS une fois le compte de la Grande-Bretagne réglée. Le bruit courra, début septembre, que l Axe deviendra ainsi le bras séculier du Saint-Siège.141



Pacte de non-agression du 23 août 1939


Moscou, 23 août 1939. Le ministre soviétique des Affaires étrangères, Molotov, signe le pacte de non-agression germano-soviétique. 

Joachim von Ribbentrop et Joseph Staline sont derrière lui.


Le gouvernement du Reich allemand et le gouvernement de l’Union des républiques socialistes soviétiques, guidés par le désir de consolider la paix entre l’Allemagne et l’URSS et se fondant sur les prescriptions fondamentales du traité de neutralité de 1926 ont arrêté ce qui suit :

  • Article 1. Les deux parties contractantes s’engagent à s’abstenir entre elles de tout acte de violence, de toute action agressive et de toute agression, et cela, aussi bien isolément qu’en liaison avec d’autres puissances.
  • Article 2. Au cas où l’une des deux parties contractantes serait l’objet d’un acte de guerre de la part d’une autre puissance, l’autre partie n’assistera, sous aucune forme, cette tierce puissance.
  • Article 3. Les gouvernements des deux parties contractantes resteront à l’avenir constamment en contact, par voie de consultation, pour s’informer réciproquement des questions touchant leurs intérêts communs.
  • Article 4. Aucune des deux parties contractantes ne participera à un groupement de puissances dirigé, directement ou indirectement, contre l’autre partie.
  • Article 5. Au cas où des différends ou des conflits surgiraient entre les deux parties sur des questions de telle ou telle nature, les deux parties apureraient ces différends ou ces conflits exclusivement par la voie d’un échange de vues amical, ou, si nécessaire, par des commissions d’arbitrage.
  • Article 6. Le présent traité est conclu pour une période de dix ans, avec cette stipulation que, si l’un des deux contractants ne le dénonce pas une année avant l’expiration de ce délai, la durée de la validité de ce traité sera considérée comme prolongée automatiquement pour une période de cinq ans.
  • Article 7. Le présent traité devra être ratifié dans le plus bref délai possible. Les instruments de ratification seront échangés à Berlin. Le traité entre en vigueur dès le moment de sa signature.

Fait en deux originaux, en russe et en allemand.

Moscou, le 23 août 1939. Pour le gouvernement allemand : J. von Ribbentrop. Avec pleins pouvoirs du gouvernement de l’URSS : V. Molotov

Protocole secret

  • Les représentants plénipotentiaires des deux parties ont discuté de manière confidentielle la question des frontières de leurs sphères d’influence en Europe orientale. Ces conversations ont abouti aux conclusions suivantes :
  • 1. En cas de réorganisation territoriale ou politique des zones appartenant aux États baltes — Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie — la frontière nord de la Lituanie sera la frontière entre les sphères d’intérêt de l’Allemagne et de l’URSS. Dans cette perspective, les parties contractantes reconnaissent les intérêts de la Lituanie dans la région de Vilno.
  • 2. En cas de réorganisation territoriale et politique dans les régions faisant partie de l’État polonais, la frontière entre les sphères d’intérêt de l’Allemagne et de l’URSS devra passer approximativement le long des rivières Narev, Vistule et San. La question de savoir si l’existence ultérieure d’un État polonais indépendant correspond aux intérêts des deux parties contractantes, et quelles seront les frontières de cet État ne pourra être définitivement résolue qu’à la faveur de l’évolution politique future. Mais dans tous les cas, les deux gouvernements règleront cette question par accord amical.
  • 3. En ce qui concerne l’Europe du Sud-Est, la partie soviétique a attiré l’attention sur les intérêts de l’URSS sur la Bessarabie. La partie allemande déclare son désintéressement politique total dans ces régions.
  • 4. Les deux parties garderont ce protocole strictement secret.

Moscou, le 23 août 1939.

Pour le gouvernement allemand : Joachim von Ribbentrop

Avec pleins pouvoirs du gouvernement de l’URSS : V. Molotov

Traité germano-soviétique de délimitation et d’amitié du 28 septembre 1939

Le gouvernement du Reich et le gouvernement de l’U.R.S.S., après l’écroulement de l’ex-État polonais, considèrent exclusivement comme leur tâche de rétablir l’ordre et le calme dans ces territoires et d’assurer aux populations qui y sont établies une existence pacifique répondant à leur originalité ethnique.

Dans ce dessein, les deux gouvernements ont convenu ce qui suit :

  • Article premier. Le gouvernement du Reich et le gouvernement de l’U.R.S.S. fixent comme frontière des intérêts d’empire réciproques dans le territoire du ci-devant État polonais, la ligne qui se trouve tracée dans la carte ci-jointe et qui doit être décrite plus en détail dans un protocole complémentaire.
  • Article 2. Les deux Parties reconnaissent la frontière des intérêts d’empire réciproques fixée à l’article premier comme définitive, et déclineront toute espèce d’immixtion de tierces Puissances dans ce règlement.
  • Article 3. Les mesures de restauration politique nécessaires sont prises, dans les territoires à l’ouest de la ligne indiquée à l’article premier, par le gouvernement du Reich ; dans les territoires à l’est de cette ligne, par le gouvernement de l’Union soviétique.
  • Article 4. Les deux gouvernements considèrent le présent règlement comme un fondement assuré pour le développement et le progrès des relations amicales entre leurs peuples.
  • Article 5. Ce Traité sera ratifié, et les instruments de ratification seront échangés, aussitôt que possible. Le Traité entre en vigueur au moment de sa signature.

Fait en deux originaux, en russe et en allemand, Moscou, le 28 septembre 1939

Pour le gouvernement du Reich allemand : von Ribbentrop

Pour le gouvernement de l’URSS : V. Molotov

Annexe

  • La ligne frontière commence à la pointe méridionale de la Lituanie ; va, de là, en direction générale occidentale, du nord d’Augustowo à la frontière du Reich et suit cette dernière frontière jusqu’à la rivière Pisa. De là, elle suit le cours de la Pisa jusqu’à Ostrolenka ; ensuite, elle suit le Bug jusqu’à Keystnopol, tourne vers l’ouest et se dirige au nord de Rawa-Ruska et de Lubaczow jusqu’au San. Elle suit alors le San jusqu’à sa source.

Protocole confidentiel du 28 septembre 1939

  • Le gouvernement de l’URSS ne mettra pas d’obstacles au désir éventuel de nationaux allemands, ou d’autres personnes d’origine allemande, résidente dans sa sphère d’influence, d’émigrer vers l’Allemagne ou vers la sphère d’influence allemande.
  • Il est d’accord pour que ces déplacements soient organisés par des agents du gouvernement du Reich en collaboration avec les autorités locales compétentes, et pour que les droits de propriété des émigrants soient sauvegardés.
  • Une obligation correspondante incombe au gouvernement du Reich en ce qui concerne les personnes d’origine ukrainienne ou biélorusse résidant dans sa sphère d’influence.

Pour le gouvernement du Reich allemand : von Ribbentrop

Pour le gouvernement de l’URSS : V. Molotov

Protocole additionnel secret du 28 septembre 1939

  • Les plénipotentiaires soussignés constatent l’accord suivant entre le gouvernement allemand et le gouvernement de l’URSS.
  • Le protocole additionnel secret du 23 août 1939 est modifié dans article 1, dans la mesure où le territoire de l’État lituanien est rattaché à la sphère d’intérêts de l’URSS et où, d’autre part, la province de Lublin et les parties de celle de Varsovie sont rattachées à la sphère d’intérêts de l’Allemagne (voir la carte annexée au traité de délimitation et d’amitié entre l’URSS et l’Allemagne). Dès que le gouvernement de l’URSS aura pris sur le territoire lituanien des mesures spéciales visant à la protection de ses intérêts, la frontière germano-lituanienne sera rectifiée dans le but de parvenir à un tracé simple et naturel, le territoire lituanien situé au sud-ouest de la ligne indiquée sur la carte revenant à l’Allemagne.
  • Il est constaté d’autre part que les accords économiques en vigueur entre l’Allemagne et la Lituanie ne doivent pas être affectés par les mesures ci-dessus indiquées de l’Union soviétique.

Pour le gouvernement du Reich allemand : von Ribbentrop

Pour le gouvernement de l’URSS : V. Molotov

Protocole additionnel secret du 28 septembre 1939

  • Les plénipotentiaires soussignés, en concluant le Traité germano-soviétique de délimitation et d’amitié, se sont déclarés d’accord sur ce qui suit :
  • Les deux parties ne tolèreront sur leurs territoires aucune agitation polonaise susceptible d’affecter le territoire de l’autre partie. Elles mettront fin à une telle agitation dès son origine et se renseigneront mutuellement sur les dispositions prises à cet effet.

Pour le gouvernement du Reich allemand : von Ribbentrop

Pour le gouvernement de l’URSS : V. Molotov

Déclaration du gouvernement du Reich et du gouvernement de l’Union Soviétique du 28 septembre 1939

  • Le gouvernement du Reich et le gouvernement de l’Union soviétique, ayant réglé par l’arrangement signé aujourd’hui, définitivement, les questions qui découlent de la dissolution de l’État polonais et ayant ainsi créé une base sûre pour une paix durable en Europe orientale, expriment en commun l’opinion qu’il correspondrait aux véritables intérêts de toutes les nations de mettre fin à l’état de guerre qui existe entre l’Allemagne d’une part, la France et l’Angleterre, d’autre part.
  • Les deux gouvernements entreprendront donc des efforts communs, le cas échéant, d’accord avec d’autres Puissances amies pour parvenir le plus rapidement possible à ce but.
  • Si, toutefois, les efforts des deux gouvernements restaient sans succès, le fait serait alors constaté que l’Angleterre et la France sont responsables de la continuation de la guerre. Dans le cas de cette continuation, les gouvernements d’Allemagne et de l’Union soviétique se consulteraient réciproquement sur les mesures nécessaires.

von Ribbentrop, Molotov

Protocole secret du 10 janvier 1941

Le comte von Schulenburg, au nom du gouvernement du Reich allemand, d’une part, V.M. Molotov, au nom du gouvernement de l’URSS d’autre part, se sont mis d’accord sur ce qui suit :

  • 1. Le gouvernement allemand renonce à ses prétentions sur la partie du territoire de la Lituanie mentionnée dans le protocole additionnel secret du 28 septembre 1939 et indiquée sur la carte jointe à ce protocole.
  • 2. Le gouvernement de l’Union des républiques socialistes soviétiques est prêt à compenser auprès du gouvernement de l’Allemagne le territoire indiqué par l’article 1 du présent protocole en versant à l’Allemagne une somme de 7,5 millions de dollars-or, équivalant à 31,5 millions de marks allemands.
  • Le règlement de ce montant de 31,5 millions de marks sera assuré par le gouvernement de l’URSS de la manière suivante : un huitième, soit 3 millions 937 500 marks, sera réglé par la livraison de métaux non ferreux pendant les trois mois suivant la signature du présent protocole ; les sept huitièmes restant, soit 27 millions 562 500 marks, seront réglés en or et viendront en déduction des paiements en or dus par l’Allemagne à la date du 11 février 1941 conformément à l’échange de lettres entre M. Schnurre, président de la délégation économique allemande, et A.I. Mikoïan, commissaire du peuple au commerce extérieur de l’URSS, dans la cadre de la signature de l’accord du 10 janvier 1941 « sur les livraisons mutuelles à effectuer pendant la seconde période d’application de l’accord économique du 11 février 1940 entre l’Allemagne et l’URSS ».

Moscou, le 10 janvier 1941

Pour le gouvernement du Reich allemand : Von Schulenburg

Sur instruction du gouvernement de l’URSS : V. Molotov



CONCLUSIONS

L’étude proposée porte principalement sur les évènements qui ont conduit les différents Etats allemands à rechercher, à agrandir et à imposer leur espace vital en dehors de leurs frontières naturelles. Accessoirement, nous avons jugé utile de décrire le contexte historique, à défaut de quoi, il nous a semblé difficile de comprendre la concordance entre les faits cités et leurs motivations.

Nous avons opté pour l’an 1866 comme étant le début de ces actions.

C’est l’année où la Prusse vainquit l’Autriche à Sadova. Grâce à cette victoire, la Prusse réunit la Bavière à l’Allemagne en création.

Le deuxième acte d’agrandissement de l’espace vital de l’Allemagne est la guerre victorieuse contre la France en 1870, l’espace supplémentaire gagné étant l’Alsace et une partie de la Lorraine.

La troisième phase de conquête consista en différentes colonisations en Afrique, décrites plus haut.

La quatrième épreuve fut la Grande Guerre, encouragée et initiée par l’Allemagne. A la fin de cette guerre, toutes ses acquisitions antérieures furent perdues. Toutefois, du fait de la signature du Traité de Brest-Litows en 1917, l’armée allemande réussit à maintenir sous son autorité une grande partie des territoires conquis à l’Est. Le général Ludendorff voulut y créer un nouvel espace vital de l’Allemagne. Ce n’est qu’en vertu du Traité de Versailles et grâce à la guerre russo-polonaise qui suivit qu’elle perdit aussi ces emprises en 1920.

Curieusement, lors de l’invasion de la Russie en 1941, les troupes de la Wehrmacht occupaient grosso modo les mêmes territoires que lors de la signature de l’armistice de 1917.

La République de Weimar ne procède pas à de nouvelles conquêtes, mais certains de ces dirigeants préparent la revanche en secret.

Hitler arrive en janvier 1933.

Il occupe, sans l’accord des alliés, la Rhénanie et la Sarre, territoires allemands avant la Grande Guerre, et neutralisés par le Traité de Versailles.

En mars 1938, la Wehrmacht occupe l’Autriche, sans entente de ses dirigeants. Il est vrai que le référendum qui suivit donne largement raison à Hitler, et le pays tout entier l’accueillie avec enthousiasme. (A la fin de la guerre, l’Autriche soutiendra qu’elle aurait été la première victime de Hitler).On ne peut que constater que cette annexion donna au Führer plus de pouvoir, tant en nombre d’habitants, qu’en capacité industrielle et en richesse opérationnelle. L’espace vital était agrandi.

La conférence de Münich en 1938 extorqua l’annexion de la région des Sudètes en Tchécoslovaquie, région dans laquelle les habitants de langue allemande étaient en majorité, et puis, quelques mois plus tard, tout le reste de ce pays, pourtant de langue slave. Les potentialités de ce nouvel acquis furent très importantes ; l’industrie était prospère et à la pointe du progrès technique, les aciéries tournaient en plein rendement et ce grâce à des commandes soviétiques. L’ingéniosité des Tchèques était reconnue partout. Non seulement le « Drang nach Osten » donna au Reich de multiples avantages en richesses de toutes sortes, mais la ligne de contact directe entre l’Allemagne et la Russie trouva des points d’appui importants.

Les prochains trophées furent le Pays de Dantzig et le territoire de Memel

Le plan d’attaque de l’Allemagne vers l’Est prenait forme.

Pourquoi les différents Etats d’Allemagne étaient-ils avides d’agrandir leurs territoires ?

La guerre de 1939 à 1945 a détruit en l’Allemagne toute velléité de guerres futures ; ce pays a été amplement détruit par les bombardements alliés, et il a à son tour a subi les occupations étrangères. Aucune demande d’armistice envers les alliés n’a été formulée, et pour cause :

La mémoire de la légende du coup de poignard dans le dos,142 après la fin de la Grande Guerre a incité les alliés, à la conférence de Casablanca en janvier 1943, à ne se satisfaire que par la reddition inconditionnelle de l’Allemagne.

On ne peut pas tout expliquer par le manque de surface agricole pour les besoins alimentaires de la population ; en comparaison, en surfaces aux kilomètres carrés entre la France et l’Allemagne, la France métropolitaine, en 1938 comptait 547.030km², Allemagne, au même moment, 357.021km². La population, à la même date, les statistiques mentionnaient 41 millions pour la France, et 65 millions dans le Reich. Cela peut-être un des motifs avancés, mais certainement pas suffisant pour expliquer et justifier l’emploi des armes.

Au stade où cette trouve cette recherche, on constate que les Allemands ont décidé, cinq fois en 73 ans, de s’armer, mobiliser, faire la guerre et conquérir brutalement, (sauf l’Autriche) des territoires qui n’avaient jamais été sous leur souveraineté. On doit aussi souligner que leurs guerres n’ont aucunement été défensives, que leurs territoires initiaux n’ont pas fait l’objet de revendications territoriales de ses voisins.

Surtout, il faut se demander si cette obsession de conquête, véhiculée par trois ou quatre générations consécutives, à définitivement pris fin, ou si elle persiste encore aujourd’hui sous d’autres formes que guerrières. L’influence de ses décideurs a, dans le passé, amené ce pays et le monde entier, dans des tragédies inimaginables, et pourtant renouvelés. La classe dirigeante allemande, une partie de l’aristocratie, les capitaines d’industries, de la finance ont contribué activement à ces cataclysmes. Nous n’avons pas pu, ou su, trouver des réponses à cette question.

Est-ce pour autant que la volonté de trouver un espace de vie supérieur pour l’Allemagne a pris fin ? Les mentalités de ceux qui décidèrent dans le passé ont-elles évolué ou bien ces décideurs ont-ils simplement changé de tactiques ?

Certainement, des spécialistes des domaines industriels, économiques, sociologiques et psychologiques pourront apporter leur savoir à cette discussion. Peut-être même par l’entremise de la psychanalyse pourrait- on trouver des ressorts verrouillés, allant jusqu’à l’évocation des vieux songes germaniques, le mythe des Nibelungen wagnériens ?



Ici s’arrête la recherche historique documentée pour s’orienter, on nous le pardonnera, vers des conjonctures personnelles non vérifiables.

La création de l’Union européenne de 1958 a eu, entres autres conséquences, la mise en index de toute tentation de conflits armés européens; les différends sont maintenant réglés uniquement par la négociation.

Jusqu’à l’effondrement du régime soviétique, le monde était sous la « protection » des deux superpuissances. L’Europe voulait créer une troisième force indépendante. La chute du mur de Berlin a conforté ces intentions, au point que les nations oppressées de l’Est libérées ont voulu s’associer à la Communauté européenne. Plus besoin d’y envoyer des troupes, ils ne subissent plus d’ultimatum, mais au contraire, ils sont demandeurs.  L’économie remplacera les divisions blindées.

La République fédérale, du point de vue économique, semble être à la pointe de ce combat, sa politique de rigueur financière et budgétaire courageuse et réaliste peut la porter à une présidence de l’Union, de fait ou de droit. Dans tous les cas, son influence internationale grandit, au point où des anciens satellites du bloc communiste ou d’autres nations périphériques sont tentés de rejoindre la communauté européenne, soutenus par une Allemagne forte de ses exportations.

Si ces suppositions se réalisaient, la politique de l’Europe se ferait à Berlin.



Pour finir, je cite des extraits d’un article paru le 13 avril 2010, page 18 du FIGARO, sous la plume d’André Glucksmann, intitulé «  Le baptême d’une Europe germano-russe ».

« Quelle est loin la belle époque où la République de Bonn s’efforçait, jusqu’à l’obsession, de maintenir la cohésion du bloc démocratique qu’elle formait avec ses voisins. Il est révolu le temps du fameux «  couple franco-allemand ». Désormais, la locomotive patine sinon elle déraille… Aujourd’hui, l’entente avec Paris n’est plus le point focal de l’équilibre continental.

[…] il faut être deux pour danser le tango, lorsqu'un avance, l’autre recule. Sauf que la salle de danse n’est pas la même, l’Allemagne ne limite pas ses ambitions aux frontières de l’Euroland, elle nourrit de plus vastes dessins.

[…] La très austère Angela (Merkel) n’a pas voulu, ou pu, contrecarrer l’entente de plus en plus étroite entre Berlin et Moscou. Un fort parti d’industriels allemands lorgne sur ce « Far- Est » lucratif que promet une modernisation géante de Kaliningrad à Vladivostok.

 L’entente avec le Kremlin est une exigence consensuelle de longue durée, cultivée par la société allemande dans son ensemble. Adieu Paris, Bonjour Moscou ».

 

hitler & staline dansant mariage hitler staline


En dehors de tout commentaire sur le texte ci-dessus, deux questions me taraudent, auxquelles je n’ai pas trouvé réponse dans mes recherches :

Protocole confidentiel du 28 septembre 1939

« Le gouvernement de l’URSS ne mettra pas d’obstacles au désir éventuel de nationaux allemands, ou d’autres personnes d’origine allemande, résidente dans sa sphère d’influence, d’émigrer vers l’Allemagne ou vers la sphère d’influence allemande. »

Cet article du protocole du 28 septembre 1939 a permis l’extradition vers l’Allemagne d’opposants au régime nazi, réfugiés en Russie. De nombreuses victimes furent ainsi livrées aux mains de leur bourreau. Cette convention fut appliquée rigoureusement, par la force, par la police russe, sans tenir compte de leur devenir funeste inéluctable.

POURQUOI ?

Protocole secret du 10 janvier 1941

Cet accord, signé cinq mois avant l’invasion de la Russie par la Wehrmacht, donc au moment où Staline a du connaître les intentions véritables d’Hitler, permet à l’Allemagne, en compensation de territoires lithuaniens cédés à l’URSS, de recevoir des matières premières, du pétrole, des machines outils et même de l’or. Cet accord fut scrupuleusement observé par les soviets.

POURQUOI ?

Si un lecteur des ces lignes était en mesure de donner une réponse à ces deux interrogations, j’en serais reconnaissant.

Jean Kleinmann     vingtsix@laposte.net

Le 3 octobre 2010.





1 Conquête de l’Est

2 Le 18 janvier 1871, au Château de Versailles.

3 Le massacre des Hereros par l’armée allemande, à partir de 1904, peut être considéré comme la première tentative de génocide du 20ème siècle]. Ce massacre a eu lieu dans un contexte de tension entre puissances coloniales européennes, mais aussi dans une série d’actions similaires menées par l’armée allemande entre la fin du XIX siècle et le début de la Première Guerre mondiale.

4 Vernichtungsbefehl

5 Heinrich Goering fut le père d’Hermann Goring, n° 2 du 3e Reich.

6 Sébastien HAFFNER, in DE BISMARCK A HITLER, La Découverte, Paris V, page 8,23,

7 Cette église accueillit en 1848-1849 les séances du Parlement de Francfort, la première assemblée librement élue dans l’histoire allemande, chargée de rédiger une la constitution pour l’Allemagne unie après la révolution de mars 1848

8 Union économique des 35 barrières douanières, en plus des douanes à l’intérieure de chaque Etat. Cette disposition achevée, l’Allemagne fit la première puissance industrielle de l’Europe industrielle

9 Confédération de 22 Etats de l’Allemagne du Nord, entré en vigueur le 1ier juillet 1867

10 Une Histoire du Monde, Larousse 2005, Théodore Zeltin, page 109

11 Histoire du Monde au XIXe siècle, page 398

12 La dépêche dEms

13 Le Traité de paix avec la France est signé au Château de Versailles le 28 janvier 1871.

14 Professeur d’Histoire contemporaine à Paris X Nanterre,

15 N° 107 de janvier 1988, page 30, et page 34, intitulé “la guerre était-elle inévitable ? ‘ 

16 Équivalent de l’Assemblée Nationale française

17 Chancelier en 1909

18 Arrivée des troupes françaises à Meknes, l’Allemagne envoya la canonnière Panther pour assoir sa politique.

19 Triple Entente (de 1907 à 1917) de L’Angleterre, La Russie et la France, consacrée par un acte officiel le 3 septembre 1914. Les signataires s’engagèrent de ne pas conclure de paix séparée. Ce pacte fut rompu à la signature du traité de Brest-Litovsk en mars 1918, entre la Russie soviétique et l’Allemagne.

20 Historien allemand de Ludswigshafen

21 Ministre des affaires étrangères autrichien, est l’auteur de l’ultimatum à la Serbie

22 Professeur à l’université de Paris X Nanterre

23 Maitre de conférences à l’Institut d’études politiques, extrait de l’article paru dans ‘Histoire’, octobre 2003, page 27

24 La ‘place au soleil’ est l’équivalent de ‘Drang nach Osten’

25 Voire le Septemberprogramm du 9 septembre 1914 et Wikipédia ‘Buts de la Première Guerre mondiale’

26 Ludendorff est général en chef des armées allemandes pendant la Première Guerre mondiale de 1916 à 1918. Il participera avec Hitler, le 8 novembre 1923, au putsch de Munich. Auteur de pamphlets racistes antisémites et antimaçonniques. Il contribue à la légende du coup de poignard dans le dos.

27 Indépendance sous protectorat de fait de l’Allemagne.

28 Histoire de l’Union soviétique, PUF, Nicolas WERTH, Page 132

29 Traité signé le 28 juillet 1919 au château de Versailles

30 Dépêche du 13 juillet 1870 de l’Ambassadeur de France au Roi de Prusse concernant la succession au trône d’Espagne

31 Chambre haute allemande.

32 Les plénipotentiaires allemands, habilités de signer ce traité n’ont apposé leurs signatures « que contraint et forcés ». Dolchstoßlegende (en allemand légende du coup de poignard dans le dos), une théorie selon laquelle l'armée allemande serait restée invaincue sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale, mais aurait été abattue par la trahison du pouvoir civil.

33 Winston Churchill, in La DEUXIEME GUERRE MONDIAL, tome 1, page 9 et page 28

34 Hermann RAUSCHNIG, in “ HITLER M’A DIT”, paru en 1933, SOMOGY, page 9

35 Chancelier du Reich en août 1923

36 Maréchal, homme politique, victoire de Tannenberg, commandant en chef du front oriental en 1914, Président de la République 1925, réélu en 1932, en 1933, appelle Hitler à la chancellerie.

37 Fraction d’extrême gauche du parti social-démocrate allemand, opposé à la dernière guerre, dirigé par les leadeurs Karl Liebknecht, Rosa Luxembourg, assassinée à Berlin an janvier 1919

38 Discours de Lénine du 7 mars 1919, clôturant le 1er congrès de l’Internationale communiste.

39 Sébastien HAFFNER, in DE BISMARCK A HITLER, La Découverte, Paris, page 84

40 Marlis G. STEINERT, in les origines de la Seconde Guerre mondiale, P.U.F.documents d’Histoire, page 99

41 De Bismarck à Hitler, page 110 et 113

42 S.A. signifie Sturmabteilung, section d’assaut

43 Essais d’armes nouvelles allemandes, chars, aviation militaire, camps d’entraînement

44 De Bismarck à Hitler, page 109

45 De Bismarck à Hitler, page 113 à 115

46 Plan DAVES-YOUNG, septembre 1924, allégea la dette allemande, qui s’élevait à 1.220 millions d’or

47 Henri Kissinger, DIPLOMATIE, Le Grand Livre du Mois, Fayard 1996, page 293

48 Annie Lacroix-Riez, Armand Collin, 1996, in Le Vatican, l’Europe et le Reich, page 120

49 Annie Lacroix-Riez, page 211

50 Annie Lacroix-Riez, page 253

51 Homme politique américain

52 Du 18 décembre 1925

53 La deuxième guerre mondiale, tome 1, pages 44, 47, 51

54 Reichswehr, armée allemande autorisé par le traité de Versailles.

55 L’Histoire, avril 2010, page 44

56 La police allemande devint la complice de l’armée dans l’opération qui consiste à accumuler les armes

57 Chef, conducteur. Même origine que DUCE ou CAUDILLO

58 Référendum du 12 novembre 1933, résultat 95.% de oui

59 Principe d’autorité

60 Le concordat du 20 juillet 1933 est l’accord signé entre le Saint-Siège, représenté par le cardinal Pacelli (futur pape Pie XII), secrétaire d'État,

61Mgr. Pacelli, futur PIE XII en 1938. Le 20 avril 1917, Benoit XVI nomme Pacelli nonce apostolique en Bavière, Munich. Il est alors l'unique représentation pontificale de l’Empire allemand. Il tente en particulier de dissuader l'Italie d'entrer en guerre contre les puissances centrales (Autriche-Hongrie et Allemagne)

62 PIE XII et le IIIe. Reich, Histoire mai 2010, Seuil 2004, Marie Anne BONUCCI, Grenoble. Autre source : G.Miccoli, Histoire mars 2000, pages 40-45

63 Le 30 janvier 1933

64 Reichswehr = défense du Reich, Wehrmacht = puissance de défense

65 Winston Churchill, déjà cité, page 130, 192.

66 11 avril 1935.Elle a pour but l’observation stricte du traité de Versailles par les anciens alliés. Décisions rompues dès octobre 1935 par l’agression italienne contre l’Éthiopie. Mussolini s’est rallié à Hitler. la suite de la dénonciation des clauses militaires du Traité de Versailles par l’Allemagne, le 16 mars 1935, le Président du Conseil français, Pierre Laval – qui venait de signer les accords franco-italiens du 7 janvier 1935- provoqua la rencontre à Stresa des représentants des trois puissances alliés de la Première Guerre mondiale : l’Italie, (Mussolini), Royaume-Uni (Macdonald et J.Simon) et la France ( Laval, Flandin). La déclaration commune fit apparaitre la résolution des trois nations de s’opposer à toute nouvelle violation du traité de Versailles, susceptible de mettre en danger la paix européenne. Ainsi se constitua un « front de Stresa », mais ce front fut rompu dès octobre 1935 par l’agression italienne contre l’Éthiopie et par l’adoption par les démocraties occidentales d’une politique de  sanctions » qui rejeta Mussolini vers Hitler.

67Conférence de Locarno d’octobre 1925. L’Allemagne, la Belgique et la France s’engagent à maintenir le statuquo territorial et l’inviolabilité des frontières fixées par le traité de Versailles

68Lafauteadiderot, article 258

69Lamelin, Sophie Mounic,

70 Le Poker menteur est une méthode basée sur le bluff, se joue à partir de 2 joueurs, mais qui trouve son piment à partir de 5 joueurs

71 Citation extraite d’un discours de Winston Churchill, citée, page 193

72 S.F.I.O.  Section française de l’internationale ouvrière.

73 Ralph SCHOR, professeur d’Histoire, in l’Antisémitisme en France pendant les années trente, Edition Complexe, 1992, 380 pages.

74 Le Livre Jaune Français, documents diplomatiques ,1938-1939, Imprimerie nationale, ministère des Affaires étrangères, 1939

75 Le XX siècle de 1914 à nos jours, René Rémond, Seuil 1974, pages 151 et 154

76 Annexion de l’Autriche par l’Allemagne.

77 Le Vatican, l’Europe et le Reich, in Annie Lacroix-Riz, page 309

78 Olivier Wieviorka, Histoire avril 2010, page 44

79 Le Livre Jaune, livre I, pages 2, 7,8

81 Mémoires de Churchill, page 264, Hitler le 5 novembre 1937

82 Le Livre Jaune, livre II, page 2

83 Goering, Reichsmarschall = maréchal d’Empire

84 Ministre des Affaires étrangères de France

85 M. Aguihon, Nouschi, Ralph Schor, in La France de 1914 à 1940, Nathan, 1993, page 264

86 René REMOND, in le XX siècle de 1914 à nos jours, Seuil 1974, tome 3, page 143

87 André Larané, Hérodote: Cinq mois après cette conférence, Hitler transforme ce qui reste de ce pays en une colonie allemande.

88 L’Action française, Fayard 1985, Eugène Weber, page 465

89 Frère Benes, sens caché de Franc-maçon

90 La crise de Munich, Sophie Mounic, Lamelin

91 La France de 1914 à 1940, page 268

92 Mémoires de Winston Churchill, lettre à Chamberlain

93 Mémoires de Winston Churchill, page 326

94 Ce nom provient du bruit que firent les vitrines des magasins juifs brisées par les S.A.

95 Sébastien HAFFNER, in DE BISMARCK A HITLER, La Découverte, Paris, pages 168 et 169 

96 Histoire de l’Union soviétique, PUF 1990, Nicolas Werth, page 300, 303

97 Déjà mentionné

98 Ambassadeur de France à Berlin

99 M. Coulombre, nouvel Ambassadeur de France à Berlin

100 M. Rippentrop, ministre des Affaires étrangères du Reich

101 M.Agulhon, Nouschi, Ralph Schor, Nathan Université, 1995, page 263

102 Secrétaire au Foreign Office, en remplacement de M. Eden

103 Vice-président du Conseil des ministres de 1938 à 1940

104 « Hitler m’a dit » page 133

105 Henri Kissinger in DIPLOMATIE, Le Grand Livre du mois, 1996, page 271.

106 Ministre des Affaires étrangères

107 Doumenc, chef de la délégation française chargée de conclure un accord militaire avec l’URSS, sa mission fut rendue inutile par la signature du pacte germano-soviétique. Ce général écrit lui-même qu’à son avis Staline a attendu jusqu’au 17 août pour saisir la perche que lui tendait Berlin. Jusque-là, l’alliance avec Paris et Londres avait de toute évidence sa préférence.

108 Nicolas WERTH, Histoire de l’Union soviétique, Puf, 1990,pages 300 à 302.

109 Roger Marie, in DE L’ACCORD DE MUNICH AU PACTE GERMANO-SOVIETIQUE DU 23 AOUT 1939. L’HARMATTON 1995.Cet auteur n’est pas un historien, il collabore en tant que journaliste, depuis 1969 à L’Humanité, il est membre du Parti communiste français de 1948 à sa mort en 2007.

110 Roger Marie, page 27

111 Il remplissait les fonctions d'ambassadeur du Royaume-Uni à Washington. Mort en 1940 aux USA.

112 Hoare, ministre des Affaires étrangères, signe le pacte Hoare-Laval, qui donne qui donne à Rome le contrôle d'une partie l'Abyssinie (l'actuelle Éthiopie).

113 Horace Wilson, conseiller principal de Chamberlain. Il propose, en 1939, un traité secret à Hitler, jetant les bases d’une entente anglo-allemande, fondée sur une délimitation des espaces vitaux des deux pays. (lafauteadiderot.net)

114 Raymond Cartier, in Les secrets de la guerre, page 102

115 Le compte rendu officiel de cet entretien a été publié par le ministre des Affaires étrangères de l’URSS dans le premier volume des documents secrets allemands paru au printemps 1948 à Moscou. Les Falsificateurs de l’Histoire, bureau soviétique de l’Information, Paris, 1948, pages 26-28

116 Roger Maria, cité, page 53,83.261,

117 Rudolf Hess (1894-1987. Ami intime d’Hitler, il fut nommé son représentant en avril 1933 et ministre sans portefeuille en décembre 1933. Membre du conseil de défense du Reich, il était considéré comme le deuxième successeur de Hitler après Göring . Les alliés, après la victoire, l’enfermaient à Berlin à la prison de Landsberg, prison gardée à tour de rôle par chacun des Alliés. Il mourut en 1987. La Russie maintint leur véto à la libération de ce prisonnier.

118 Roger Maria, page 197, discours de Staline au XVIII congrès soviétique, 10 mars 1939

119 Historien et géographes, page 391

120 Littéral : cochon-chien, Harap’s traduite en « peau de vache, un con »

121 Cet extrait du discours de Staline est la traduction française présentée par J.Rossi, page 230, et Page 313 de Diplomatie de Henri Kissinger. : Staline ne comprenait que trop bien la difficulté de sa propre position. L’effondrement de la France (juin 1940) anéantissait l’hypothèse – que Staline partageait avec les experts militaires occidentaux- d’une longue guerre d’usure, du type de la Première Guerre Mondiale. L’espoir de Staline, à savoir que l’Allemagne et les démocraties occidentales s’épuiseraient, s’était volatilisé.

122 Mémoires de Churchill, page 226

123 Lamelin Histoire de Munich, Sophie Mounic

124 Le Livre jaune français, documents diplomatiques, Paris imprimerie nationale, 1939, réf. 73176  Pages 153, 155

125 Consul général de France à Hambourg, 4 juillet 1939

126 Documents concernant les relations germano-polonaises, Paris 1939, traduction autorisée. Page 13

127 Secrétaire au Foreigne Office en 1938, en remplacement de M. Eden, démissionnaire en décembre 1940

128 Secrétaire au Foreigne Office en 1938, en remplacement de M. Eden, démissionnaire en décembre 1940

129 Livre bleu anglais, page 23,

130 Livre bleu anglais, page 93

131 Livre bleu anglais, page 140

132 Winston Churchill, la 2ième guerre mondiale, tome 1, pages 374, 375, 378, 399

133 Texte United States Holocauste Mémorial Muséum Washington DC, mémorial de la Shoa, Paris

134 Histoire avril 2010, page 44. L’explication de cette « logique » était de considérer l’Urss comme l’alliée de l’Allemagne, donc l’ennemie de la France.

135 Le texte intégral, ainsi que les protocoles secrets figurent dans l’annexe de cette étude

136 Historien et géographes, page 391

137 Nom de l’époque, aujourd’hui à nouveau St.Petersbourg.

138 Diplomatie, Henri Kissinger, Fayard 1996, page 321,323

139 Pape élu le 9 octobre 1938, successeur de PXI,  précédemment Nonce apostolique en Allemagne de 1917 à 1930

140 Ministre des Affaires étrangères de Mussolini, son beau père. Fusillé dans le dos le 12 janvier 1944.

141 Le Vatican, l’Europe et le Reich, Annie Lacroix-Riz, Armand Collin, 1996, page 397,398

142 La légende du coup de poignard dans le dos, une théorie selon laquelle l'armée allemande serait restée invaincue sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale, mais aurait été abattue par la trahison du pouvoir civil.