L'IMMIGRATION JUIVE DANS LES ALPES-MARITIMES
1933
- 1944
PREAMBULE
En entreprenant
mes études à l’âge
de soixante ans, année où j’ai pris ma
retraite et obtenu mon
baccalauréat pour adultes à Metz, puis
à Nice où j’ai suivi le cursus
normal d’un étudiant en Histoire du Deug
première année jusqu’à ce
jour, j’ai voulu manifester mon intérêt,
le mot est faible, pour
l’Histoire. Tous les cours dont j’ai pu
bénéficier m’ont
intéressés,
mais plus particulièrement l’Histoire
contemporaine depuis la
Révolution jusqu’à la fin de la
deuxième guerre mondiale. C’est la
raison pour laquelle j’ai opté pour cette
période de recherches.
N’ayant
que 13 ans en 1939,
je n’ai pas participé activement à la
guerre, mais
j’en ai subi les conséquences.
Ce sont
celles-ci qui illustrent mon autre motivation.
Je suis
né en Allemagne, un
pays dont le gouvernement a décidé à
cette
époque que je n’avais pas le droit de faire des
études.
Je les ai
faites.
Puis,
ce même gouvernement a décidé que je
n’avais pas le droit de vivre.
Je suis vivant.
Ainsi, parmi
tous les buts de
guerre du troisième Reich que cet Etat a
proclamés, et qu’il a
heureusement perdu, il a aussi perdu celui-là.
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A
MES PETITS-ENFANTS
« Dans
les relations entre hommes, le pis qui puisse arriver à
l’un
est de se trouver à la discrétion de
l’autre »
Introduction
Observation
préliminaire :
D’après
le «Mémorial
du Martyr Juif
Inconnu, Centre de Documentation Juive contemporaine», aucune étude
spécifique sur la vie des Juifs
étrangers dans les Alpes-Maritimes de 1938 à 1944
n’a
été publiée à ce jour.
Tout au long des
siècles, l’implantation des Juifs en Europe
s’explique
par la diaspora que les Juifs appellent « Galout »
(l’éclatement en hébreu). Sans vouloir
aborder la
question de savoir ce qu’est un Juif à
l’aide des
formules lapidaires, rappelons simplement que, originaires de la
Palestine, ils ont été expulsés de ce
pays par
les Romains en l’an 70 de l’ère
chrétienne.
Certains ont suivi les légions romaines lors de leurs
conquêtes, et c’est ainsi qu’une partie
s’installe
dans la vallée du Rhin. Une autre partie s’est
dispersée
tout au long du bassin méditerranéen, Afrique du
Nord,
puis Espagne, mais aussi dans ce que devient plus tard
l’Empire
Ottoman. Le tableau ci–dessous illustre ces
pérégrinations.
Extrait de
l’Encyclopédie Universalis
Géographique,
page 261

Document
1
Carte des migrations des
Juifs depuis l’an 70
Cette carte
illustre
la dispersion des Juifs après la destruction du Temple de
Salomon par les Romains en l’an 70. Depuis ce jour, ce Temple
n’a jamais été reconstruit.
Aujourd’hui, il
ne reste qu’un mur, appelé le
« Mur des
Lamentations », haut lieu de la mémoire
juive.
Pendant les
siècles
qui suivent, des Juifs ont toujours vécu à
Jérusalem,
ville Saint et lieu de prières. Saladin, Sultan de
d’Egypte,
conquiert la ville le 2 octobre 1187, en chassant les
croisés.
Cet évènement déclancha la 3ième
croisade en 1189.
La dispersion des
Juifs continue en Europe. Ils sont considérés
comme
hors la loi dans presque tous les pays chrétiens.
L’accusation
de déicide
les désigne à la vindicte populaire. Le Pape
Innocent
III
leur impose le port de la rouelle.
En 1290, tous les
Juifs sont expulsés d’Angleterre, puis, en 1306,
de
France. En 1478, le Pape Sixte IV
approuve l’instauration de l’Inquisition
spéciale
en Espagne, visant particulièrement le jugement des Juifs
restés fidèles à leur foi
après les
conversions forcées.1492 est l’année
fatidique de
leur expulsion d’Espagne par Isabelle la Catholique. Des
groupes émigrent en Pologne et en Lithuanie qui deviennent
dès
le XVIe siècle, les nouveaux centres de la vie culturelle
juive en Europe. Les bases de l’antijudaïsme
religieux
sont en place, dont les nationalismes des 19e et
20e
siècle vont se nourrir.
En France,
l’opinion
des années trente est marquée par un courant
antisémitique fort, comme l’expose
l’ouvrage de
Ralph Schor.Jules
Isaac, Inspecteur général de
l’enseignement
publie après la guerre « L’Enseignement
du
mépris » ; il
décrit bien les
fondements des bases mêmes de
l’antisémitisme qui
a contribué à la Shoa, et Léon
Poliakov publie
le « Bréviaire de la
Haine ».
Il y a des
différences
notables entre les différents
antisémitismes :
« L’antisémitisme
religieux dit :
Vous
n’avez pas le droit
de vivre parmi nous si vous restez juif.
L’antisémitisme
politique dit :
Vous
n’avez pas le droit de vivre parmi nous.
L’antisémitisme
racial dit :
Vous
n’avez pas le droit de vivre ».
A quoi
s’ajoutent
d’autres formes d’antisémitisme, plus
confuses
dans l’expression : la judéophobie, puis
après
1948, l’antisionisme, une des formes de
l’antisémitisme
actuel.
« Quand
les gens
critiquent le sionisme, ne te trompe pas, ils pensent aux
Juifs ».
Les
différentes
manifestations d ‘antisémitisme ont des
originalités géographiques ; la forme
religieuse
se trouve dès le Moyen Âge dans presque tous les
pays
chrétiens d’Europe, la forme politique en France,
en
Angleterre et en Italie fasciste, les pogroms de Russie et de Pologne
sont d’origine politique et économiques. La forme
raciste, par sa volonté d’élimination
totale de
la ‘’race juive’’, ne se trouve
qu’en
Allemagne.
La
conférence
d’Evian
du 6 au 15 juillet 1938 convoquée à
l’initiative
du Président Roosevelt doit régler le
problème
des réfugiés juifs, mais elle est un
échec
total. Aucun pays ne veut les recevoir, tout en exprimant leur
sympathie envers leur situation. Hitler peut déclarer
ironiquement :
« Qu’il
ne
pouvait qu’attendre et espérer que
l’autre monde
qui éprouvait de tels sentiments de sympathie envers ces
criminels aurait le cœur suffisamment
généreux
pour transformer cette sympathie en aide pratique ».
Le gouvernement
français accueille solennellement Von Ribbentrop
quatre semaines après la Nuit de Cristal,
et déclare ne plus vouloir recevoir d’autres
réfugiés.
Cet éclairage de la situation des Juifs européens
permet de mieux comprendre ‘’
l’accueil’’
réservé aux fugitifs.
Contrairement au
principe retenu jusqu’à présent, nous
ne limitons
pas cette partie de la recherche aux Juifs de Nice, mais nous
traiterons tous les documents dont nous avons eu connaissance pour
l’ensemble du département, avec quelques
incursions dans
les départements voisins. Cette dispersion est due au
caractère même des
pérégrinations des
Juifs persécutés pendant cette époque.
Les
conséquences
des différentes formes d’attitude envers les Juifs
ont
une relation directe avec le sort des Juifs en France et en
particulier ceux des Alpes-Maritimes, objet spécifique de
cette étude.
Le point de
repère
initial est la plaque apposée à la gare de Nice,
sur le
quai n° 1,
mentionnant le nombre de Juifs déportés
de Nice
de toutes nationalités (3 612) y compris
Française,
pour le comparer à la fin de notre chapitre, avec le nombre
des Juifs étrangers présents
dans ce
département de 1940 à 1944.
Nous analyserons
chronologiquement les documents étudiés depuis le
départ des Juifs d’Allemagne, d’Autriche
et de
Tchécoslovaquie, leur passage clandestin de la
frontière
italienne, les refoulements vers l‘Italie, les comparutions
en
correctionnelle à Nice pour franchissement clandestin de la
frontière française, le recensement de 1941, les
assignations à résidence, les transferts vers
Megève,
les arrestations, leur transfert à Drancy près de
Paris, antichambre de la mort.
Puis tenterons
ensuite
d’établir pour certains d’entre eux le
cheminement
de leur vie ou de leur destin.
Document
2
Passeport allemand avec la
mention " J " et l’ajout de " Israël "
Passeport du
doctorant
établi à Baden-Baden le 24 février
1936.
L’annotation en haut à gauche du J est
faite le
25 avril 1939 à l’Ambassade d’Allemagne
à
Paris lors d’une demande de prorogation de
validité. A
cette occasion, le prénom
« Israël »
est ajouté à tous les prénoms
masculins (Sarah
pour les femmes). Ces adjonctions sont demandées
initialement
par le gouvernement suisse à l’administration
allemande,
afin de détecter et empêcher
l’arrivée de
Juifs en Suisse. La loi allemande
exige « l’apposition
d’un J en
caractère rouge, en haut à gauche,
indélébile,
de 3 cm de hauteur ».
Ce document
illustre
les décisions du gouvernement allemand de séparer
les
Juifs de leur environnement social partout où ils se
trouvent
en dehors de ce pays. La suite de ce processus sera le port de
l’étoile jaune obligatoire. Ce document atteste
l’entrée
en France du doctorant le 26 décembre 1938.
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